Bockel au JDD : Etre un marqueur

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)



La Gauche Moderne tenait ce week-end ses Rencontres Nationales. Deux ans après sa fondation, le mouvement compte 1500 adhérents. "Nous sommes peut-être une petite formation politique mais une formation qui existe réellement sur le terrain", assure au JDD.fr Jean-Marie Bockel, son président et Secrétaire d'Etat auprès de la Ministre de la Justice. Il table sur des régionales réussies pour asseoir un peu plus son mouvement en vue de 2012. Et ambitionne d’accueillir des socialistes déboussolés.

 


Comment se porte votre mouvement?

Il progresse. Nous sommes encore petits mais nous sommes désormais présents dans toute la France. Nous avons 150 conseillers municipaux depuis les Municipales de 2008 et deux députés de la Gauche Moderne ont été élues lors des Européennes. Nous avons eu la capacité de présenter des candidats crédibles aux Européennes, et nous l’aurons aux Régionales. C’est la preuve que nous sommes peut être une petite formation politique mais une formation qui existe réellement sur le terrain.


Diriez-vous que votre mouvement a réellement trouvé sa place sur l’échiquier politique?

Je ne peux pas dire ça. La Gauche Moderne trouvera vraiment et durablement sa place quand il se sera renforcé, quand il aura une influence, un poids plus important, une capacité à produire des idées. Nous bossons, nous avons un vrai corps de doctrine mais nous sommes encore trop faibles. On ne nous entend pas assez. Nous sommes au milieu du gué, nous avons accompli beaucoup de chemin depuis un an, où certains prédisaient que dans six mois, nous ne serions plus rien. Je prends le pari qu’après les régionales, nous serons encore mieux implantés dans le paysage et en 2012, vraiment inscrits, respectés. J’espère que nous aurons des parlementaires, que nos idées, nos propositions soient reconnues.

"Un coup de gueule utile"

A court terme, quelle est votre ambition pour les élections régionales?
Aux Européennes, nous avons eu une stratégie réaliste: on n’avait demandé aucune place éligible. Certains avaient souri à l’époque, mais finalement, nous avons deux élues. Il faut savoir prendre des risques quand on est petit... Là, nous avons la capacité d’avoir des places éligibles dans certaines régions où nous sommes assez fort, comme l’Ile-de-France ou l’Alsace. Dans d'autres, on jouera le succès: si on gagne, on est élu, si on perd, on ne l’est pas. Et là où nous sommes plus faibles, nous serons "pousseurs", pour marquer notre présence, notre soutien. C’est une stratégie réaliste et appréciée. A l’UMP, nous sommes vus comme des alliés libres indépendants mais fiables.


Se revendiquer de gauche, dans une majorité à droite, vous vous êtes habitué?

Nous ne sommes pas une sensibilité de l’UMP comme peuvent l’être les Progressistes ou le Parti radical, qui pratiquent la double adhésion. Nous sommes autre chose, nous ne sommes pas associés à l’UMP, au même titre que le Nouveau Centre. Nous sommes la formation politique indépendante, alliée à la majorité, qui symbolise sur le plan d’une formation politique l’aile gauche de la majorité.
Je parle beaucoup avec les travaillistes britanniques, les sociaux-démocrates allemands ou les socialistes italiens: partout nous sommes considérés comme un élément de la gauche européenne, certes allié avec la droite dans un contexte particulier, celui de la politique de réforme menée par le président Sarkozy. Il n’y a qu’en France qu’on se fait insulter de traître. Ailleurs on comprend, voire cela paraît assez naturel, car beaucoup de députés socialistes européens se sentent plus proches de nos idées ou de celles de Sarkozy, que de celles du PS français. Dans cette majorité, nous voulons garder cette sensibilité propre, la liberté de ne pas être d’accord, voire si vraiment on n’est pas d’accord, de partir. Mais c’est aussi ce qui donne de la valeur à notre soutien.


Et vous pensez que ce positionnement vous permettra d’attirer à vous des socialistes déçus par ce qui se passe au PS, comme vous l’avez souhaité ce week-end?

Nous pouvons attirer l’électorat de gauche qui se détourne du PS, qui se pose des questions, qui ne se retrouve pas dans le caractère trop dogmatique des Verts et qui ne rejette pas en bloc tout ce que fait le gouvernement. Pour tous ces socialistes déçus, nous pouvons être, comme je l’ai dit, "un permis de voter". Un marqueur. Le fait que nous soyons au gouvernement montre qu’ils ne sont pas tout seuls à se poser des questions. Ils peuvent voter pour des gens de la majorité qui pensent comme eux et ont toute leur place au sein du gouvernement. Evidemment je parle de ceux qui se sentent proche de la grande tradition européenne de centre gauche. Ce qui peut être appelé la droite du PS en France et qui serait appelé partout en Europe l’axe de la gauche.


Vous ne vous opposez peut-être pas assez pour attirer des électeurs socialistes, mêmes déçus…

S’opposer pour s’opposer, sans que cela ait d’effets ensuite, cela ne nous rendra pas plus crédibles. Nous sommes d’abord une force de proposition. A plusieurs reprises, ce qu’on a pu dire a contribué à des réformes, comme sur la flexi-sécurité. Lorsque Philippe de Villiers a intégré le comité de liaison de la majorité, je crois que mon coup de gueule a été utile. J’avais dit que pour que ce rassemblement fonctionne, il ne fallait pas être négatif comme Philippe de Villiers, qui ne disait à l’époque que vouloir être "contre" la gauche. J’avais souligné qu’il fallait aussi être "pour", construire quelque chose de manière durable. Ça a été entendu. Cela dit, nous restons vigilants et attentifs. Mais je n’ai pas de raison non plus d’être sectaire a priori sur Philippe de Villiers, puisqu’on ne l’a pas été avec moi.

Maud Pierron

Publié dans Actualités nationales

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