Electricité : Toulouse ville rose, bientôt ville noire…

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)


Le pic de froid que notre pays a connu la semaine dernière a conduit EDF à produire une quantité d’électricité considérable, d’une ampleur totalement inhabituelle, au point que l’on a craint de friser la rupture de stock.


Aussi, quand j’ai lu dans le journal que la Mairie de Toulouse décidait de suspendre quelques jours l’éclairage des monuments historiques et autres ouvrages remarquables, quand le but de cette mise en lumière était uniquement esthétique, j’ai pensé que cette mesure, présentée comme « de solidarité », était la bienvenue.


J’avais également noté que l’adjoint chargé de l’éclairage public avait eu l’honnêteté de préciser que le volume d’électricité ainsi économisé serait très limité, représentant la consommation journalière d’à peine 1000 foyers. Sur un peu plus de 42 millions de kilowatts/heure dédiés à l’éclairage public sur l’ensemble de la ville de Toulouse, l’éclairage à des fins esthétiques ne consomme que 500 000 kWh, soit 1,2 % seulement !


Cela signifie que la mesure prise est d’une ampleur dérisoire et sa signification uniquement symbolique ; mais, les symboles ont une force et sont utiles, car ils invitent les citoyens à réfléchir et permettent à la société d’avancer sur la voie du progrès, en l’occurrence le refus du gaspillage et la nécessité du développement durable. Une bonne décision donc.


Mais cette semaine, alors que le temps s’est radouci, la Municipalité s’est durcie, ne pouvant s’empêcher de renouer avec la critique, tantôt explicite et virulente, tantôt, comme ici,  implicite et latente, de ce que nous avions fait ; un penchant irrépressible et systématique du Capitole depuis mars dernier….


Ainsi a-t-il été annoncé que cette mise en pénombre de Toulouse serait prolongée jusqu’à une date non précisée, et que c’était là l’occasion de réfléchir à autre chose que le Plan Lumière que j’avais développé de 2004 à 2007, sur une idée judicieuse lancée par Philippe Douste-Blazy et mise en œuvre avec compétence par le regretté Jean Diebold. Cela m’a remis en mémoire des déclarations vagues du nouvel adjoint, il y a quelques mois, se contorsionnant malhabilement pour annoncer que ce plan devait être « revu », parce que les sites ou monuments mis en valeur l’avaient été par des décisions critiquables, sans qu’il y ait une consistance argumentée dans ces réserves verbales ; quand il faut critiquer pour critiquer, c’est dur parfois…


Encore un domaine où mon successeur n’a pas d’idée, si ce n’est l’obsession de nous démolir comme si nous étions encore en campagne électorale !


Parce que nous aimons notre ville de Toulouse, parce que nous en sommes fiers, nous la voulons toujours plus belle et davantage mise en valeur.


Parce que son riche patrimoine historique et ses sites remarquables, dans le centre-ville, mais aussi dans les quartiers, témoignent du travail et du talent des hommes à travers les générations jusqu’à aujourd’hui, nous avons voulu ce Plan Lumière.


Parce que notre cité ne se contente pas d’être fière de son passé, et qu’elle est tournée vers l’avenir, cet éclairage est aussi une création artistique, avec le recours à des jeux de couleurs variées et vives, à l’image du tempérament méridional de notre ville.


Nous voulons, et ce sujet fait consensus entre l’actuelle équipe municipale et nous, développer le tourisme ; mais réalise-t-on que le Plan Lumière est un vrai atout dans ce domaine ?


Nous aspirons, et là également nous en sommes tous d’accord, faire de Toulouse une ville de développement durable exemplaire ; or, si, justement, les éclairages à but esthétique ne représentent que 1,2 % de l’éclairage public, c’est la preuve que nous avions eu le souci, il y a quelques années, de bannir les technologies trop gourmandes d’énergie au profit d’ampoules à basse consommation (la technique LED). En 2004, le Grenelle de l’environnement n’avait pas encore eu lieu, mais nous avions une longueur d’avance !


Quand j’avais procédé à la mise en lumière de la basilique Saint-Sernin, par une froide soirée de novembre 2004, j’avais été impressionné par ce que m’avaient dit nos techniciens du service municipal de l’éclairage public : la consommation électrique du monument serait égale à celle d’un fer à repasser !


On n’arrête pas le progrès, et on peut tout à fait concilier Plan Lumière et économie d’énergie. En conclusion, je suggère de déployer davantage la mise en lumière des beautés ou des particularités du paysage urbain toulousain, car je suis sûr que bien d’autres endroits peuvent être mis en lumière et en couleurs. Pourquoi ne pas lancer un concours d’artistes ou d’étudiants – nous n’en manquons pas à Toulouse, et c’est une chance formidable ! – afin de donner une nouvelle dimension, plus ample et plus créative, plus audacieuse aussi, à notre Plan Lumière ?


Nous pourrions le faire avec le souci renforcé de préserver l’énergie. Et pour le développement durable, que la municipalité, avec le concours des citoyens, élabore un Agenda 21 deuxième génération ! Là aussi, allons plus loin et soyons plus volontaristes encore que pour le premier Agenda 21, que j’avais initié en 2004, quelques mois après mon élection comme Maire, et qui est aujourd’hui réalisé aux deux-tiers.


En près de 5 ans, les esprits ont beaucoup évolué, et dans le bon sens : toutes les conditions sont réunies pour faire de Toulouse la grande ville qui serait en pointe dans ce domaine : il y a tant et tant de choses à faire ! Et on pourrait avoir un plan de développement durable d’envergure. Cela vaudra bien mieux et sera beaucoup plus consistant pour la planète qu’une sombre mesurette, un tantinet mesquine, cache-misère d’une absence de vision et d’ambition novatrice et forte dans ce domaine…


Jean-Luc MOUDENC

Maire de Toulouse de 2004 à 2008

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Publié dans Toulouse 2008

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