Toulouse : A la Mairie : le budget du peu…

Après l’année budgétaire de transition 2008, nous sommes entrés depuis quelques jours dans l’an I des budgets du mandat municipal Cohen.
Toulousains, vous ne vous en apercevrez qu’à l’automne prochain : votre impôt municipal augmentera de 0,9 %. C’est la deuxième mesure de la nouvelle municipalité qui va rogner le pouvoir d’achat des Toulousains…
La première mesure, qui ne concerne que 26 Toulousains, est confirmée dans ce budget 2009 : les 26 adjoints de Pierre Cohen auront à la fin de chaque mois une indemnité majorée de 30% par rapport à ce que nous pratiquions jusqu’en mars 2008 !
Autre nouveauté : le retour de l’emprunt alors que, sous l’impulsion de Dominique Baudis, nous avions désendetté la Ville depuis 10 ans. Le budget adopté sur proposition de mon successeur prévoit de revenir au niveau d’endettement d’il y a 15 ans ! Un retour de 15 ans en arrière: avec la Gauche au pouvoir au Capitole, on n’arrête pas le progrès !
Mais la vraie question est : à quoi vont servir cette fiscalité supplémentaire et cet emprunt nouveau ? Et ce qu’il y a de très inquiétant, c’est qu’on a du mal, en analysant ce budget, à trouver réponse à cette interrogation capitale.
Alors que la crise commande à la puissance publique de relancer les investissements pour soutenir l’emploi, ce que fait l’Etat en coordination avec l’Union Européenne, l’investissement est en baisse de 10 millions d’euros à Toulouse par rapport à 2007 !
Significatives sont les options prises en matière de transport : l’effort est doublé puisque chaque foyer toulousain paiera – sans s’en apercevoir - 435 euros au lieu de 276 actuellement (alors que dans la périphérie, un foyer, ramonvillois par exemple, ne paiera que 48 euros).
Mais cet effort budgétaire inédit n’est utilisé pour aucun grand projet nouveau pour les transports en commun, et rien n’est décidé sur la gratuité des transports promise aux jeunes, ni sur le prolongement du métro à Labège, ni sur les travaux d’augmentation de la capacité de la ligne A du métro pour éviter la saturation !
A quoi ont donc servi les fameuses « Assises de la mobilité » ? De simples paroles ? Une banale opération de communication politique ? Autre exemple : la culture, dont on connaît l’importance dans la vie des Toulousains et l’attractivité économique qu’elle crée.
Après l’échec de la candidature de Toulouse au titre de Capitale européenne de la culture pour 2013, le Député-Maire-Président de l’agglomération avait promis que les grandes infrastructures annoncées (auditorium de musique, grande galerie d’expositions internationales et cité de la danse à La Grave, cité art et sciences à l’ex prison Saint-Michel, et d’autres…) seraient quand même construites.
On est en droit de se demander quel sort sera réservé à cet engagement, car pas un centime n’y est consacré dans ce budget, sauf pour le grand équipement que nous avions prévu au Mirail.
Je n’entends pas être un opposant absolu et systématique, aussi je tiens à souligner ici les bonnes choses inscrites dans ce budget, et qui, pour la plupart, s’inscrivent dans la continuité de ce que nous avions lancé nous-mêmes : politique de développement durable et économe d’énergie dans les bâtiments communaux, accélération du Grand Projet de Ville dans les quartiers d’habitat social dense, 2 millions d’euros en plus pour les pistes cyclables, amplification annoncée de nos choix pour le logement diversifié, promotion du tourisme, etc.
Mais force est de constater l’absence de grand projet nouveau ; il n’y a ni rupture, ni impulsion nouvelle significative en termes d’action concrète pour l’avenir, au-delà du discours hyper politisé à gauche.
Un clin d’œil : ce budget apporte un démenti spectaculaire à l’accusation outrancière portée contre nous, selon laquelle nous aurions laissé les écoles dans un état de « délabrement » avancé ; le budget des travaux scolaires augmente seulement de 2 millions d’euros (au sein d’un budget total de 809 millions d’euros). Sil y avait eu réellement « délabrement », pour reprendre les mots employés par Monsieur Cohen, c’est beaucoup plus qu’il aurait fallu, surtout quand on sait qu’il y a près de 200 écoles maternelles et primaires à Toulouse ; si on répartit ces 2 millions sur 200 écoles, cela donne un effort supplémentaire moyen d’à peine 20 000 euros par école municipale ! Largement insuffisant pour relever une école de ses ruines, ne trouvez vous pas ?
Pour donner en conclusion un sentiment général sur ce premier budget socialiste toulousain, je dirais qu’après avoir beaucoup promis pour appâter les électeurs, la montagne accouche d’une souris, à coup de continuité et de reniement.
Mais, plus grave, l’absence de grand projet nouveau me fait craindre que Toulouse se mette désormais à la petite vitesse, loin de notre ambition de bâtir une grande métropole qui compte en Europe. Avec ce budget du peu, au lieu de préparer une cité qui détonne, on nous mitonne une ville qui ronronne…
Jean-Luc MOUDENC
Maire de Toulouse de 2004 à 2008