Toulouse, espaces verts : ecologie ou laisser-aller ?
Il y a un an, quand j’ai vu grandir des herbes hautes ici ou là, sur des ronds-points, des bas-côtés ou de plus vastes espaces verts municipaux, par décision de la nouvelle municipalité, je me suis interrogé, puis je me suis retenu. Oui, retenu de prendre position, partagé que j’étais entre le sentiment de non-entretien et de laisser-aller donné par un tel choix, et l’argument explicatif en faveur du respect des équilibres naturels dans l’objectif de reconstituer l’écosystème en milieu citadin.
Depuis plusieurs années, je suis devenu sensible aux discours sur le développement durable (j’avais fait adopter par la Mairie un Agenda 21), et l’idée de mettre un peu de campagne dans la ville ne pouvait que séduire le petit-fils d’agriculteur que je suis. Avec 12 mois de recul, et en ayant recueilli de nombreux témoignages vécus par des Toulousains, et aussi par des jardiniers, le bilan de cette mesure, à première vue séduisante, me parait chargé de nombreux inconvénients.
Un ami de Toulouse-Avenir, qui a enseigné l’écologie pendant plus de 30 ans au lycée agricole, m’a fait connaître des arguments scientifiques très convaincants, après les avoir exposés sans suite auprès de la municipalité. Je vais donc vous en parler…
Sans être scientifique, ce qui choque, à première vue, ce sont ces herbes hautes en bordure des voies de circulation, quand elles retiennent papiers et poches en plastique ; cela ne va pas dans le sens de la propreté de la ville, où il y aurait, d’ailleurs, beaucoup à dire… Ces herbes hautes recèlent aussi de risques d’incendie, comme cela s’est produit au Mirail il y a quelques semaines.
Mais, du point de vue scientifique, le plus dommageable vient des conséquences de l’augmentation du potentiel semencier des herbes indésirables lorsqu’elles ne sont plus coupées. Alors qu’une forte proportion de la population souffre d’allergies ou d’asthme, cette gestion des espaces verts leur interdit, de fait, la promenade dans ces lieux d’ordinaire si agréables : en effet, lors de la floraison, la « montée à graines » des graminées favorise la concentration du pollen dans l’air.
Quant aux chiens, ils sont confrontés au développement d’une graminée communément nommée « l’orge des rats », laquelle est pourvue d’épis barbus avec des épillets dangereux, espèces de poils microscopiques et durs, qui se fixent sur les paupières, dans les oreilles ou les narines, et qu’on ne peut ôter qu’avec une opération. Certes, le fait de tout laisser pousser favorise l’épanouissement naturel de l’écosystème, mais, en prenant ce qu’il peut y avoir de bon dans cette sympathique approche, on doit prendre aussi ce qu’il y a de négatif.
Ainsi, on favorise le développement des insectes, de tous, en particulier de ceux dont se nourrissent les oiseaux : dans cette catégorie, il y a les tiques, porteuses de maladies transmissibles à l’homme (la lyme ou borréliose) ou aux animaux domestiques (la piroplasmose).
Finalement, on arrive à l’inverse du but recherché, qui est de rapprocher l’homme de la nature en la laissant se développer près de chez lui : beaucoup de nos concitoyens ne fréquentent plus les grands espaces verts que nous avions développés en ville pour eux et pour leur agrément, tandis que des groupes d’élèves encadrés par leurs professeurs ont renoncé à venir repérer ces espaces aux fins d’observation scientifique ou d’activités pédagogiques. Pour ne pas être totalement négatif, sans doute est-il plus sage de rechercher un compromis plus réaliste, et de confiner dans des lieux peu ou pas fréquentés du public, ces espaces où, en ville, la nature serait laissée plus libre ; mais certainement cela est-il plus facile à écrire qu’à faire…
Jean-Luc MOUDENC
Maire de Toulouse de 2004 à 2008