Européennes 2009 : entretien avec Dominique Baudis (tête de liste pour le Sud Ouest) seconde partie réalisée le 23/04/2009

Jean-Louis Chavoillon : Dominique BAUDIS bonjour.
Dominique Baudis : Bonjour.
JLC : Suite à l’interview que vous nous aviez accordé il y a quelques semaines, vous nous aviez promis, en fonction du déroulement de la campagne électorale de nous consacrer quelques minutes supplémentaires ; c’est chose faite aujourd’hui et au nom du club de l’A.P.Ré, je tiens tout d’abord à vous remercier.
DB : C’est moi qui vous remercie.
JLC : Première question pour lancer le débat : La campagne électorale a t’elle vraiment commencée ?
DB : Elle a commencé depuis le mois de janvier. Je me déplace dans la circonscription Sud Ouest qui comporte, comme vous le savez 3 régions ; Midi-Pyrénées, Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Plus de 8 millions d’habitants, 18 départements… Cela représente beaucoup de déplacements, beaucoup de contacts et je suis engagé pleinement dans cette campagne depuis que le Président de la République m’a confié la responsabilité de conduire la liste aux élections européennes dans le sud ouest.
JLC : Actuellement la crise économique frappe de toute part notamment en Midi-Pyrénées avec MOLEX, FREESCALE qui vient d’annoncer des difficultés. Cette crise « pollue » le débat européen, remet t’elle en cause la construction européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui ?
DB :
La crise frappe le monde entier ; notre région mais aussi la France entière, l’Europe entière, le monde entier. Elle n’a pas pris naissance en France ni en Europe. Ce n’est pas Nicolas SARKOZY qui porte la responsabilité. La crise a pris naissance aux Etats-Unis dans le dérèglement des systèmes financiers, bancaires, de crédits avec des fonds spéculatifs, avec des paradis fiscaux et des montages financiers totalement irresponsables. Voilà l’origine de la crise économique, elle est venue des USA et elle frappe aujourd’hui le monde entier. Alors, remet-elle en cause l’existence de l’Europe ? Non au contraire dans un monde dangereux avec des dérèglements financiers, économiques, sociaux, climatiques, géopolitiques (11 septembre ou la guerre de GAZA), on a besoin d’une Europe forte qui protège les européens sur la scène mondiale. Il faut être en position de force pour se faire respecter par les Etats Unis, la Chine et par les autres puissances du monde. La France seule ne peut y parvenir ; l’Europe unit peut réussir à se faire entendre. Nous l’avons vu à Londres lors de la réunion du G20 ; on le verra, je l’espère à la fin de l’année à COPENHAGUE lors de la conférence mondiale sur l’énergie et le climat qui fera suite à la conférence de KYOTO.
Voilà des sujets qui ont besoin d’Europe. Quand l’Europe est dirigée avec une volonté politique comme on l’a vu sous la présidence française au second semestre 2008, avec un président SARKOZY réactif face à chacune des crises (crise en Géorgie, crise financière), volontaire pour faire aboutir des sujets comme celui de l’énergie et du climat, on voit que l’Europe peut avoir des résultats et apporter beaucoup aux européens.
Donc, la crise ne doit pas remettre en question son existence mais au contraire, elle doit conduire à renforcer l’Europe et la tendre vers plus d’ambition et plus de protection.
JLC : A travers votre réponse, si j’ai bien compris, L’Europe ne peut réussir qu’à partir d’une volonté politique. Vous avez cité l’exemple de la présidence Française et la volonté du Président SARKOZY d’avancer dans les grands sujets européens.
Ne pensez vous pas alors qu’une des causes de la démobilisation de l’opinion européenne est une crise de la symbolique. L’union n’a fait que s’agrandir et après l’échec de la constitution européenne, le principe de la présidence tournante n’entraine t’elle pas un manque de visibilité pour nos concitoyens ? Actuellement, l’Europe est présidée par la république tchèque qui est qualifiée « d’eurosceptique ». N’est t’elle pas un frein à l’impulsion qu’avait donné le Président SARKOZY ?
DB : Vous avez tout à fait raison. Il faut construire une Europe politique. La présidence française de Nicolas SARKOZY a montré que c’était possible ; la présidence Tchèque où le gouvernement a été renversé révèle une grande faiblesse. Alors, peut-on trouver une solution pour avoir un leadership fort et durable à la tête de l’Europe sans en changer tous les mois ? La réponse est le traité de Lisbonne. Il a été adopté à l’initiative de la France avec l’appui de l’Allemagne. Ce traité a été ratifié par 25 pays sur 27. Reste la Tchéquie et l’Irlande. L’essentiel du chemin a été fait.
Que dit ce traité ? Il instaure une présidence européenne durable, c'est-à-dire un président qui exercera sa fonction pendant 2 ans et demie renouvelables soit en principe un mandat de 5 ans qui permet ainsi de faire des choses. En 6 mois, c’est difficile ; on peut faire face à une crise d’urgence, on peut faire aboutir un projet mais on ne peut pas mener un projet depuis sa conception jusqu’à son établissement. L’Europe a besoin d’une présidence durable et à plein temps parce que dans le système actuel, celui qui préside l’Europe, préside également son pays et il ne peut s’en occuper à 100%.
On est donc le seul ensemble politique qui n’a pas de « patron ». Aux Etats unis, au Canada…dans tous les grands ensembles, il y a un leadership et pas en Europe. C’est une de ses faiblesses. La solution, c’est le traité de Lisbonne.
JLC : Vous avez toujours eu la fibre européenne mais ne pensez vous pas qu’il y a eu un manque de pédagogie des élus et que l’on ne sait pas « vendre » le produit Europe ?
DB : Vous avez tout à fait raison. Non seulement les élus mais aussi les médias qui en parlent peu. Quand on compare les journaux français avec ceux européens, l’actualité européenne occupe moins de place que dans ceux des autres pays de l’Union. Donc oui encore une fois et je prends ma part de responsabilité. Lorsque j’étais Maire de Toulouse et que l’on inaugurait un investissement commandé par la mairie, on oubliait de préciser que toute une part de cet investissement avait été financée par l’UE. On fait souvent porter la responsabilité de l’Europe sur des décisions impopulaires mais en revanche quant elle intervient pour permettre de réaliser un investissement utile à la population, on omet de dire que l’Europe y a participé. Donc c’est vrai, nous avons un travail de pédagogie à faire et il faut le faire d’ici l’élection du 7 juin pour que les citoyens participent d’avantage à cette élection. C’est l’avenir de leurs enfants qui se joue en déterminant dans quelle voie veut-on engager l’Europe le 7 juin prochain.
JLC : Lors d’un débat que nous avons organisé avec nos adhérents, quelqu’un m’a interpellé en indiquant que la légitimité de l’Europe s’était liquéfiée avec le temps. La préservation de la paix avec la réconciliation des anciens ennemis est aujourd’hui acquise ; la défense des libertés avec l’effondrement du communisme également ; mais le maintien de la prospérité via le marché commun qui a contribué à la richesse économique des 30 glorieuses ne permet pas aujourd’hui d’éviter la récession. Depuis l’élection de Barack OBAMA, on a fait la comparaison. Les Etats Unis sont un pays et ils parlent à l’unisson et prennent des mesures à l’unisson. On a eu l’impression par rapport à cette problématique que chaque pays agissait dans son coin avec des mesures diverses.
DB : Je suis complètement d’accord avec vous. Il est vrai que dans une période de crise, les Etats Unis ont eu une réponse plus rapide puisque c’est un seul et même pays. L’Europe doit se mettre d’accord à 27 d’où la nécessité d’un leadership fort. Quand le Président SARKOZY présidait l’UE, les 27 arrivaient à se mettre d’accord rapidement. Il y a donc un problème d’autorité politique à la tête de l’UE. On a construit l’Europe économique, l’Europe des droits de l’Homme mais on n’a pas construit l’Europe politique. Dans un monde conflictuel où chacun défend ses intérêts, il faut que l’Europe ait un leader fort et c’est le traité de Lisbonne. Vous disiez que l’Europe s’était liquéfiée ; je vois la chose comme vous. Pendant les 30 premières années de la construction européenne, il y avait une très grande adhésion des peuples car l’Europe protégeait contre 2 choses :
· La première est que l’Europe nous protégeait contre le risque de guerre en Europe. Au 18 ème siècle, 19 ème et 20 ème siècle, l’Europe a été le continent des guerres éclatées et la source des conflits dans le monde. Avec la construction européenne, les pays européens depuis 60 ans vivent en paix.
· La seconde protection nous a permis de résister et de l’emporter pacifiquement face à l’Europe communiste. Dans les années 90, après la chute du bloc communiste, à un moment où il n’y avait plus de risque de conflit avec l’Allemagne, l’Europe a semblé perdre de son intérêt. Les dirigeants politiques l’ont mis, à ce moment là, « en pilotage automatique » via les administrateurs de Bruxelles qui ont fait fonctionner l’Europe.
Aujourd’hui, on rentre dans une troisième phase remplie de dangers et de périls que l’on connaît. On a déjà franchit 10% du 21 siècle. Le dérèglement financier avec ses conséquences économiques et sociales ; le dérèglement climatique avec les menaces qui pèsent sur l’humanité toute entière, le dérèglement géopolitique avec le 11 septembre et GAZA. Voilà sur quoi l’Europe doit apporter des réponses et s’engager fortement en enlevant « le pilotage automatique ». Les administrations de Bruxelles n’ont pris que le pouvoir qui leur avait été abandonné. Il faut donc reprendre les commandes et cela passe par les citoyens et les politiques le 7 juin prochain.
JLC : Vous parlez des individus, des hommes politiques, vous parlez de l’Homme en général. Je sais que vous êtes un humaniste depuis très longtemps ; il y a une phrase que j’ai trouvée et que j’ai conservée précieusement. C’est une citation de Jean MONNET qui déclarait : « Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des Hommes ».
DB : C’est vrai, c’est une belle phrase. Les Etats sont respectés dans la construction européenne et c’est ce qui fait son originalité ; c’est une union dans la diversité. Chaque Etat a ses règles, ses traditions, son mode de vie et je souhaite d’ailleurs que l’Europe respecte cette diversité. Qu’elle ne s’occupe pas par exemple d’imposer aux viticulteurs que le vin rosé est un mélange de vin blanc et de vin rouge. Laissons les professionnels faire leur travail.
En même temps, il faut que les européens sentent qu’ils appartiennent à une communauté. Avant l’UE, on parlait de communauté européenne ; je trouve que c’était un beau terme. Communauté d’états, mais aussi de citoyens. Les Etats sont représentés, respectés par les institutions européennes ; les ministres viennent siéger autour de la table de l’UE mais il y a un lieu où les hommes et femmes européens sont représentés démocratiquement : c’est le parlement européen avec ses députés.
Et c’est le 7 juin que cela va se jouer dans cette circonscription du Sud Ouest très intéressante sur le plan géographique et qui joue un rôle important en Europe. Nous sommes la région charnière entre l’Europe et la péninsule ibérique Espagne et Portugal. Nous avons des éléments en commun avec les Pyrénées, la double ouverture maritime atlantique et méditerranée, la nécessité de développer les équipements mettant en synergie ces 2 façades maritimes avec un TGV maritime. Au 17 ème siècle, on a eu l’énergie et le courage de créer le canal des deux mers pour mettre les deux ouvertures maritimes en relation ; au 20 ème siècle, l’autoroute des deux mers ; aujourd’hui, il faut faire le TGV des deux mers qui depuis Bordeaux, en passant par Toulouse, en allant à Narbonne mette en relation les deux façades maritimes. Voilà des sujets qui sont au cœur de cette élection avec des sujets d’intérêt général pour peser en Europe.
Je crois beaucoup au Grand Sud Ouest : 8 millions d’habitants, 300000 étudiants, des secteurs professionnels très importants avec une agriculture diversifiée, le tourisme, l’aéronautique et l’espace. Bref, un potentiel que l’Europe doit valoriser.
JLC : Dominique BAUDIS, une question futile mais importante pour nos électeurs. Quand annoncerez-vous la liste de vos colistiers pour les européennes ?
DB : L’UMP a indiqué que les listes seront officiellement constituées dans les premiers jours du mois de mai. Il y a beaucoup de candidates et candidats. Plutôt que de faire la liste dans la précipitation en créant frustration et mécontentement chez celles et ceux qui n’auraient pas été retenus, l’UMP souhaitait prendre son temps et annoncer la liste au moment où l’on va rentrer dans la dernière ligne droite de la campagne, au moment où elle va s’intensifier. Aujourd’hui, nous sommes dans une précampagne d’écoute, de mobilisation et de sensibilisation. La véritable campagne commence en mai soit un mois avant le scrutin de 7 juin prochain.
La question de savoir qui sera et à quelle place sur la liste intéresse ceux
qui sont concernés, les militants, les journalistes politiques mais pas la population. Les gens préfèrent demander si nous sommes pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’UE. Nous sommes contre ; il vaut mieux établir un partenariat étroit avec la Turquie mais elle n’est pas en Europe. Elle se trouve en Asie mineure.
JLC : Pour conclure, Xavier BERTRAND a parlé de passer la vitesse supérieure. Sachez que vous pouvez compter sur nous, au nom du club de l’A.P.Ré, et je m’avance au nom de l’ensemble des clubs de la majorité présidentielle.
DB : Merci beaucoup.