On a souvent parlé des transports en commun, tant est surprenante cette situation où, alors que Mr Cohen en avait fait la
priorité de son mandat, on ne voit rien venir comme décision ou projet nouveau fort, tandis que mon successeur va bientôt fêter le premier anniversaire de son élection.
Voici quelques mois, il a inventé un prétexte pour justifier son inaction et son embarras : il aurait découvert à Tisséo une
dette à ce point abyssale, que l’on ne pourrait plus financer les projets que j’avais initiés (prolongement de la ligne B du métro à Labège, augmentation de la capacité de la ligne A, etc.) et
ses promesses de campagne (gratuité des transports en commençant par les jeunes, tramway circulaire en centre ville et extension en périphérie) !
Et qui, selon lui, aurait, seul bien sûr, creusé un tel gouffre ? Moi bien évidemment !
Quand on ne connaît pas le sujet, on se demande quand même comment une dette de 1,4 milliards d’euros a-t-elle pu
passer inaperçue… Avec mes collègues, j’ai donc donné une conférence de presse pour rétablir les faits et les
responsabilités.
Premier rappel : j’ai désendetté les transports toulousains entre 1998 et 2001, en anticipant le remboursement des
emprunts contractés pour la ligne A du métro, de manière à rétablir notre capacité d’emprunter pour construire la ligne B. Ainsi, on a remboursé en 15 ans ce qui devait l’être en 25
ans !
Deuxième rappel : on s’est rendetté a partir de 2001, sur proposition du président des transports toulousains de
l’époque, le socialiste Jean-Pierre Plancade, pour financer le prolongement à Balma-Gramont de la ligne A et la réalisation de la ligne B. Tous les emprunts pour ces deux projets ont, jusqu’en 2008 inclus, été votés à l’unanimité des élus de Tisséo, toutes tendances politiques
confondues (PS, PC, PRG, Verts, Droite, Centre et sans étiquette).
Précision : P. Cohen était non seulement au courant depuis toujours de tout cela, mais, encore mieux, il a chaque fois
approuvé ces emprunts, tous votés par son représentant à Tisséo, l’élu du Sicoval ! Il est également savoureux de
constater que c’est le propre suppléant du Député-Maire de Toulouse qui a personnellement signé près de la moitié de ces emprunts !
Pour preuves irréfutables de ces faits, j’ai donné aux journalistes la photocopie de tous les comptes-rendus officiels des réunions
de Tisséo, avec les noms des élus présents et des votes enregistrés, ainsi que la copie des documents relatifs aux emprunts comportant la signature des élus de Tisséo mandatés pour contracter
emprunt.
Au-delà de cette question des responsabilités, où, on le voit, les choses sont très claires, on peut se demander si on aurait pu
financer autrement les projets d’extension du métro ; l’emprunt était incontournable, mais on aurait pu y recourir moins si les collectivités membres de Tisséo avaient chaque année voté dans
leurs budgets des contributions financières supérieures pour les transports en commun, ce qu’elles ont refusé de faire…
Depuis plus d’un tiers de siècle, la Ville de Toulouse a fait un effort budgétaire continu pour les transports, que les communes
périphériques n’ont pas voulu effectuer, préférant privilégier un habitat individuel favorable à la voiture individuelle et d’autres objectifs, habituées à ce que ce soient Toulouse et le Conseil
Général qui paient… ce qui explique le sous-équipement de ces communes en transport en commun aujourd’hui.
Alors qu’un foyer toulousain paie 140 euros, et bientôt 290 euros, pour les transports chaque année, un foyer
ramonvillois ne paie que 32 euros ! Ainsi si les communes périphériques avaient fait un effort par habitant égal à
celui de Toulouse, Tisséo aurait pu emprunter moins: merci Mr Cohen, élu de Ramonville pendant 25 ans !
Il est important de noter aussi que cet emprunt de Tisséo est un emprunt vertueux, pour un investissement qui sera utile pendant un
siècle, et qui permettra des centaines de millions de voyages ; c’est un acte de bonne gestion, et il est assez minable de la part de mon successeur de déformer la réalité auprès des
Toulousains pour se dédouaner de ses propres promesses électorales…
On est en présence à la fois d’un cynisme politique très froid et de mensonges aux citoyens, qui ont du mal à se
retrouver au milieu de cette histoire, d’apparence compliquée, sur une période assez longue. Il est regrettable que peu de
journalistes fassent cet effort d’explication et de perspective ; heureusement, il y a ce blog !
Pour être constructif, et dépasser cette mauvaise polémique, posons la vraie question: peut-on financer nos projets de transports en
commun et comment ?
La réponse est clairement oui, à plusieurs conditions. Tisséo dispose encore d’une capacité d’emprunt d’environ 500 millions d’euros,
à condition de contenir les dépenses de fonctionnement, de renoncer aux gratuités démagogiques faites, et d’augmenter, fortement et sur une longue période, l’effort budgétaire des
collectivités. Cet effort supplémentaire ne saurait être fait essentiellement par ceux qui ont déjà fait le plus depuis le
plus longtemps, il doit être équitablement réparti à l’échelle de notre métropole.
Sauf sur ce dernier point, mes successeurs semblent s’orienter vers cette stratégie financière, même si les moyens annoncés me
paraissent encore insuffisants. Les enjeux des déplacements de l’agglomération sont tels qu’il faut voir loin, viser haut et faire preuve d’audace !
C’est pourquoi il est important d’avancer dans une logique de progrès, en ne renonçant à aucun projet. Souhaitons que cette année 2009 nous permette d’y voir plus clair, d’avoir – enfin ! – des décisions pour que redémarrent les projets
stoppés depuis 10 mois.
Projets et décisions au service de l’avenir et d’une meilleure qualité de vie des habitants actuels et des générations
futures.
Jean-Luc MOUDENC
Maire de Toulouse de 2004 à 2008
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