Une laïcité ouverte (François Fillon au Vatican)

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

 

Notre Premier ministre, François Fillon, représentait la France à Rome, pour la canonisation de Jeanne Jugan*, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres. Il n’était pas le seul représentant du monde politique dans la basilique Saint-Pierre, puisque le roi et la reine des Belges étaient présents pour honorer leur concitoyen, le Père Damien, l’apôtre des lépreux, ainsi que le président polonais Lech Kazinsky pour Mgr Felinski (1822-1895) qui fut archevêque de Varsovie et fonda la Congrégation des sœurs franciscaines de la famille de Marie. Faut-il s’attarder sur le caractère symbolique de cette venue des plus hauts responsables nationaux pour une cérémonie religieuse  ? Sans doute, les nations intéressées sont-elles heureuses de voir accéder au firmament de la sainteté des figures particulièrement populaires, en qui elles peuvent se reconnaître et accéder à une représentation supérieure d’elles-mêmes. Mais on ne saurait pour autant dédaigner la signification proprement politique, au sens fort du terme, de cette rencontre entre des représentants de l’autorité spirituelle et ceux de l’autorité temporelle.

 

La France a beau être un pays laïque, qui ne reconnaît officiellement aucune religion, elle n’en est pas moins liée, de par son passé, à son patrimoine spirituel et son existence concrète impose la coopé­ration continue avec les acteurs de la société civile, où le facteur religieux est prédominant. Et si à Vatican II, l’Église catholique s’est reconnue dans le droit commun de la liberté religieuse, ce n’est pas pour autant qu’elle a abdiqué, bien au contraire, sa mission au sein de la société. François Fillon s’inscrivant dans la continuité du célèbre discours du président Sarkozy au Latran, a réaffirmé le caractère ouvert et réfléchi de notre laïcité. «  Cette laïcité française, a-t-il précisé, est tissée de liberté, tramée de considération mutuelle et d’écoute.  » Il en a donné des exemples concrets et probants à propos de la crise économique actuelle  : «  Cette crise révèle aussi la mise en péril de valeurs comme la responsabilité, la probité, la solidarité. Qui croire  ? Que croire  ? Et que faire  ? Face à ces interrogations fondamentales, notre dialogue avec les Églises ne peut être que fécond.  »

 

Si le capitalisme ne doit pas être «  sans foi ni loi  », le recours à la doctrine sociale de l’Église telle qu’elle s’est affirmée avec la dernière encyclique, peut être amplement profitable. François Fillon n’a pas manqué de souligner son «  influence positive  ». Aussi peut-on se rendre compte que cette thématique de l’ouverture n’est pas rhétorique. Elle peut s’inscrire très concrètement dans les réflexions des responsables et influencer leurs décisions. Plus largement, des figures comme celles de sainte Jeanne Jugan ou saint Damien ne sont-elles pas aussi des pôles de référence pour la respiration morale d’une société ? Celle-ci vit aussi de références symboliques qui inspirent des modes de vie, des relations, des idéaux. La politique ne saurait être indifférente à la sainteté, même si une telle formule trouble les conformismes. Le cardinal Daniélou avait montré à son temps que l’oraison aussi était un problème politique. La séparation des domaines ne justifie pas l’exclusion de la civilisation de ce qui l’élève et la justifie.

 


 

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/en-images-francois-fillon-recu-au-vatican-par-le-pape-benoit-xvi 

 

 



Lors de son voyage à Rome, les 10 et 11 octobre 2009, le Premier ministre a remis les insignes de commandeur de la Légion d’honneur, Mgr Dominique Mamberti, pour son action en tant que secrétaire pour les relations avec les Etats du Vatican. (Au centre culturel Saint-Louis de France).

La veille, François Fillon a rencontré le pape Benoît XVI en audience privée.

Plus de vingt minutes de tête-à-tête, sans interprète, entre les deux hommes dans la bibliothèque privée du pape. Une audience peu habituelle, considérée comme un "signe de bienveillance" par le Saint-Siège. Empreinte de solennité, cette rencontre s’est placée sous le signe des relations politiques bilatérales. Dans un communiqué de presse, le Vatican a précisé que "quelques thèmes d’intérêt commun concernant les relations bilatérales ont été passés en revue, avec l’intention de poursuivre sur la bonne voie du dialogue et de la collaboration entre le Saint-Siège et la République française […] Il y a également eu un échange de vue sur quelques questions internationales, en particulier la situation au Moyen Orient et dans quelques pays africains avec une référence au synode pour l’Afrique, le dialogue interreligieux et les changements climatiques". De son côté, François Fillon a confié : "Nous avons abordé de nombreux points relatifs à nos relations bilatérales, sans oublier les initiatives communes possibles autour du Proche-Orient, de l’Afrique, du Liban ou de la crise écologique".

 

François Fillon s’est ensuite entretenu avec le Cardinal Tercisio Bertone, Secrétaire d’Etat du Saint Siège. En fin de journée, il a inauguré le prestigieux centre culturel Saint-Louis-de-France, rénové après 2 ans de travaux, avant de décorer des insignes de commandeur de la Légion d’honneur, Mgr Dominique Mamberti, secrétaire pour les relations avec les Etats au Vatican. "Une laïcité juste et apaisée"

 

Dans un discours, prononcé au cloître Saint-Louis de France, en présence de nombreuses personnalités religieuses et civiles - parmi lesquelles les cardinaux André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence épiscopale française et Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux ou encore Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille -, le Premier ministre a rappelé le principe de laïcité : "S’il revient à la France laïque et au Saint-Siège de multiplier les relations et les partenariats, c’est parce que les valeurs que nous situons au cœur d’une laïcité juste et apaisée sont aussi celles, je crois, que l’Eglise universelle promeut à travers le monde".

 

"La doctrine sociale de l’Eglise constitue une source de réflexion"

 

En marge de son hommage à Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Soeurs des pauvres, samedi soir à Rome, le Premier ministre a élargi son propos à la crise économique mondiale qui "révèle les failles d’un capitalisme qui ne doit pas être sans foi ni loi" a-t-il affirmé, estimant que " la doctrine sociale de l’Eglise constitue une source de réflexion".

S’adressant à l’Eglise catholique, François Fillon a constaté : "En mettant en garde notre civilisation sur ses faiblesses matérialistes, ses pulsions guerrières, ses fanatismes, vous approfondissez notre regard sur la condition humaine, ses devoirs éthiques, sur sa fragilité et son mystère. C’est la République, celle des croyants de toutes confessions, mais aussi celle de ceux qui doutent, cherchent ou ne croient pas, qui est ainsi invitée à une méditation collective. Et cette méditation qui nous grandit est à l’image d’une laïcité ouverte et réfléchie. Je crois aux échanges empreints de respect qu’État et religion peuvent conduire sur le seuil, porte ouverte". Et le Premier ministre de conclure : "Cette laïcité française est tissée de liberté, tramée de considération mutuelle et d’écoute".

* : Jeanne Jugan :(1792-1879), fondatrice des Petites Soeurs des pauvres ainsi que de quatre autres prêtres et religieux.

 

Jeanne Jugan, née à Cancale en Bretagne, fille de marin, choisit le célibat et le service de Dieu et des plus démunis, dans un premier temps au sein du Tiers-Ordre de la Mère admirable. En 1839, elle ouvre sa porte à une vieille femme aveugle et malade, puis à d’autres, s'entourant d'un groupe de compagnes pieuses se consacrant à cette tâche. L'association, dans un premier temps sous l'égide des Frères de Saint-Jean-de-Dieu, se transforme en véritable ordre religieux, la congrégation des Petites soeurs des pauvres, dont elle sera la première supérieure, avant d'être mise à l'écart des instances dirigeantes. Malgré cela, elle continue son travail au sein de la congrégation, pendant 27 ans. Et meurt dans l'oubli en 1879, à 86 ans, sans avoir quitté La Tour Saint-Joseph, maison-mère de la congrégation.
La congrégation des Petites soeurs des pauvres compte aujourd'hui 2.710 Petites soeurs et 202 maisons. Congrégation missionnaire, elle est présente sur les cinq continents et s'enrichit d'un groupe laïque, l'Association Jeanne Jugan, dont les membres participent à cette mission d'hospitalité envers les personnes âgées pauvres.
Jeanne Jugan a été béatifiée en 1982 par Jean-Paul II.

 

source : http://www.france-catholique.fr/Une-laicite-ouverte-Francois.html

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