PERVERS : Une prise en charge impossible !

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

A travers les évènements récents du viol d’une fillette, à Toulouse, le problème de la condamnation des pervers et de la récidive revient dans l’actualité.

Il est clair que le viol d’une fillette de cinq ans révolte. Cet acte inacceptable crée dans l’opinion publique une émotion extrêmement forte, et c’est à juste titre que les Français réagissent. Dès la mise en garde à vue du violeur présumé (même s’il a avoué, il est toujours présumé innocent jusqu’au procès) on entend un peu partout les phrases habituelles. La teneur en est toujours la même : «  Il ne devrait jamais sortir de prison » «  Le suivi thérapeutique est sans effet » «  Il faut les enfermer à vie » On voit même refleurir quelques relents de désir de peine de mort pourtant abolie presque partout dans les démocraties (sauf  aux états unis.)

A entendre les conversations, au travail, au bistrot, ou ailleurs, on pourrait croire que tous ont la solution. On pourrait penser que les solutions toutes faites comme la prison à vie, rouvrir Cayenne, seraient des solutions acceptable et efficaces. De plus l’opinion publique pense en priorité aux victimes, ce qui est normal, mais les citoyens que nous sommes ne doivent jamais oublier que la justice n’est pas la vengeance. Notre justice, même si elle a des défauts, même si elle manque de moyens, avec ces cas pathologiques de perversion fait ce qu’elle peut. Et elle ne peut pas grand-chose.

L’expérience nous montre que la prison ne résout rien.

Cela fait maintenant de très nombreuses années que le problème des délinquants sexuels, de leur peine et de leur réinsertion se pose. Nous sommes dans un pays civilisé et démocratique, la justice rend des sentences en regard du droit, les peines sont accomplies au plus que la loi le permet. C’est donc le retour à liberté et à la vie en société qui est posé par ces pervers. Ils accomplissent très souvent leur peine avec une bonne conduite, tout attachés qu’ils sont à sortir très vite pour retrouver leur vie faite de fantasmes et de désir de passage à l’acte.

Il faut le dire, le travail en psychothérapie avec ces malades très particuliers est inefficace, tous les psychologues, psychiatres qui pratiquent la psychanalyse le savent. Mais il est de bon ton de faire croire le contraire, cela donne bonne conscience à tout le monde. Il est vrai que tous les délinquants sexuels ne sont pas des malades pervers, certains ne sont que des délinquants étant passés à l’acte occasionnellement. L’acte n’est est pas pour autant moins grave mais leur retour à la liberté pose moins de problèmes. C’est bien la question du diagnostic différentiel qui se pose alors.

Faire sortir un pervers avec injonction thérapeutique ne sert qu’à se déculpabiliser de la récidive éventuelle. La dernière affaire montre à l’évidence les limites de ces actes thérapeutiques, il avait vu son soignant le matin même. Le psychologue ou psychiatre qui le suivait n’est absolument pas en cause, loin de là. On peut même dire que le pervers trouve une jouissance énorme à mettre en défaut son entourage (ses parents  d’abord étant enfant, puis ses responsables, puis ses juges, puis ses soignants.) La jouissance du passage à l’acte de son fantasme est encore beaucoup plus grande s’il réussit à la mettre en scène.

Alors que faire, ou en est la justice, ou en sont les soignants.

Il faut dire tout d’abord que la perversion en tant que structure pathologique a toujours posé problème à l’ensemble de la psychiatrie et de la psychologie. Jacques LACAN disait dans un de ses séminaires, en remarquant que très peu de travaux étaient faits dans ce domaine :

« La perversion ! Seuls les pervers en parlent bien. »                                           C’est une phrase de LACAN comme il savait les faire, toujours à double sens, et très problématique.

Depuis rien ou presque n’a vraiment changé dans ce domaine, seule la psychanalyse a travaillé depuis longtemps sur la structure perverse, et beaucoup de ces travaux montrent que même si les pervers peuvent se trouver quelquefois apaisés avec de nombreuses séances rapprochés, rien n’est jamais gagné. Le pervers en psychanalyse s’amuse avec son analyste, tente en permanence de s’immiscer dans sa propre horreur de l’acte pour tenter de l’atteindre. En résumé, même si un pervers vient voir son thérapeute,( s’il en a la demande ce qui est rare car il jouit de sa perversion, il n’en souffre pas)  il n’est pas possible de le guérir, et cela nombre de psychiatres refusent de l’admettre.

A partir de là tout ce qui se passe en découle, la prison est inefficace, la thérapie n’y peut rien, que reste-t-il ?

 Il reste l’enfermement psychiatrique, mais on se heurte à deux choses, l’absence en France de lieu d’accueil psychiatriques fermés, et l’ensemble de bien pensants, droit de l’hommistes, humanistes de tout crin qui préfèrent les voir dehors quitte à ce qu’ils en violent quelques une.

Il reste enfin la castration chimique (ou même plus chirurgicale) elle peut s’avérer efficace, mais elle doit impérativement être accompagnée d’un soutien psychologique pour des raisons évidente. De plus elle se heurte aussi aux mêmes opposants que l’enfermement.

Comme on peut le voir l’opinion publique pourra s’indigner encore longtemps,  sans jamais oublier que les juges n’y sont pour rien, que les politiques auront toujours peur de prendre des décisions appelés à tord liberticides. Les pervers, eux, grossiront encore longtemps les rangs des récidivistes.

 

Pour l’APRé Patrick CRASNIER                                                                                                       Psychologue/psychanalyste.

 

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