Lettre au Président de la République : Par Christian Vanneste

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

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La semaine dernière, j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion d’intervenir pour commenter les régionales. D’abord, lors de la réunion commune des groupes UMP de l’Assemblée Nationale et du Sénat à la Maison de la Chimie le lundi, et ensuite, lors de la réunion du groupe le mardi. En revanche, j’ai préféré écrire au Président de la République à la suite de la réception à l’Elysée du mercredi. Vous trouverez ci-dessous ce courrier, qui rejoint totalement mon engagement et mon action auprès des salariés et des dirigeants SCA.

 

Monsieur le Président,

Vous avez reçu les députés du Groupe UMP à l’Elysée ce mercredi. J’étais présent et je vous ai écouté avec beaucoup d’intérêt. Il y a quelques mois, je vous avais posé une question précise sur l’utilité de la taxe carbone. Je tiens à vous remercier d’avoir maintenu l’esprit de la réponse que vous m’aviez faite à l’époque, avec une taxe à la frontière qui ne pénaliserait pas nos industries. Je n’ai pas pris la parole mercredi dans la mesure où il m’a semblé assez rapidement que j’avais beaucoup de choses à dire. Aussi, je me suis résolu à vous les écrire.


La circonscription que j’ai l’honneur de représenter à l’Assemblée nationale présente trois caractéristiques intéressantes dans le contexte actuel. Elle est située dans un bassin d’emploi industriel. Beaucoup de ses habitants sont des ouvriers qui ont été très sensibles à votre discours de 2007. C’est ensuite un des secteurs où le Front national a fait naguère ses meilleurs scores. C’est enfin, dans la partie non-Tourquennoise, une zone d’habitat résidentiel dévolue aux classes moyennes. Autrement dit, c’est une de vos terres d’élection !


En 2007, vous avez incarné la rupture. La rupture par rapport à l’inaction, que certains ont tort de confondre avec le conservatisme. Contre la prétendue règle suivant laquelle la Présidence se gagne au centre, vous l’avez conquise à droite, grâce à un électorat populaire de droite, conservateur, c’est-à-dire attaché aux valeurs que vous avez défendues, l’ordre, le travail, le mérite etc., mais aussi capable d’accepter les réformes nécessaires dès lors qu’elles sont justes. La révolution conservatrice est la philosophie politique qui convient à la vieille Europe, à la fois soucieuse de protection et nostalgique, mais aussi fière de son passé, et prête au renouveau. Dans le fond, tout ceci n’est pas éloigné du Gaullisme…


Le plus important n’est-il pas de retrouver cet esprit de 2007 ?  Le Grenelle de l’Environnement nous a-t-il fait gagner un seul électeur écologiste ? Il a donné un crédit excessif à des mouvements politiques qui cultivent surtout l’irresponsabilité, le dogmatisme et l’incohérence. Le débat sur l’identité nationale nous a-t-il attaché les voix du Front National ? Il a réveillé celui-ci tout en suscitant à notre encontre un soupçon d’opportunisme et de manipulation. L’ouverture, provocatrice aux yeux des plus fidèles, alignant les ministres, les personnalités chargées de rapports, les nominations à des postes importants, a-t-elle fait glisser des électeurs de gauche vers nous ? Elle a surtout donné une légitimité intellectuelle à une gauche qui s’est toujours trompée sur tous les sujets, économiques, politiques, sociaux et sociétaux. C’est la gauche associée à la droite molle, complexée intellectuellement et moralement que nous devons notre situation actuelle. Vous l’aviez toujours dit avant votre élection.


C’est pourquoi le renoncement au bouclier fiscal serait une faute majeure. Cela reviendrait à dire que la gauche avait intellectuellement et moralement raison.


Il faut réinvestir les deux idées fortes du peuple de droite, non pour s’y enfermer mais pour en faire l’épicentre de toutes les réformes et de tous les discours.


La première est le travail. La lutte contre le chômage, les créations d’emplois doivent devenir notre obsession. L’environnement doit signifier croissance verte et créations d’emplois, non charges nouvelles pour les entreprises. Les retraites doivent vouloir dire baisse des déficits et des charges, reconnaissance de la pénibilité, non moins d’emplois pour les jeunes. La réforme territoriale et la réduction du nombre des fonctionnaires doivent faire entendre moins d’impôts locaux, moins de prélèvements sur les entreprises et donc plus de compétitivité, plus d’exportations, plus d’emplois producteurs de richesse. La taxation des banques doit être mise en œuvre non comme une assurance mais comme un signal fort et un rappel au devoir et à la mesure pour des entreprises qui ont fait courir des risques inconsidérés à l’ensemble de nos sociétés. C’est sur elles plus que sur le renoncement au bouclier fiscal qu’il faut s’appuyer pour satisfaire un légitime besoin de justice. La contribution de la consommation à l’emploi national, ce que l’on appelait la TVA sociale a malheureusement été abandonnée alors qu’elle était de nature à améliorer notre compétitivité. Comment saisir ces évidences lorsque des élus de la majorité s’inquiètent de la suppression de la taxe professionnelle, ou de la disparition, souhaitable, des départements tandis que l’on assiste jour après jour à la fermeture ou à la délocalisation d’entreprises victimes de la concurrence internationale ?


La seconde idée forte est la sécurité. Il faut renouer avec le discours de la fermeté : la loi pénitentiaire, que j’ai votée, s’en est écartée sous la pression du politiquement correct et avec la si confortable solution du tout technique. Je continue, pour ma part, à penser que le développement du Travail d’Intérêt Général, sur lequel le Garde des Sceaux m’a confié une mission, est une excellente réponse pour les peines de 0 à 6 mois, à condition de s’en donner les moyens.


Il est important de juguler la violence qui monte dans notre société. Certaines lois que nous avons votées demeurent sans effet. Il faut en prendre conscience et y remédier. Le rôle de la drogue et le lien avec l’immigration ne sont pas suffisamment soulignés, si l’on excepte l’affaire récente de Tremblay.


Je me souviens, pour ma part, de cette jeune femme de Tourcoing, dont on avait brûlé la voiture, parce qu’elle avait trop regardé un attroupement de « deal ». Elle en avait pourtant besoin pour aller travailler en Belgique et je comprenais fort bien sa révolte à la vue de certains jeunes « caïds » dans de puissantes limousines d’Outre-Rhin.


Il nous faut retrouver ce sens prioritaire de la justice que réclament les plus fragiles. Ils ne veulent pas qu’on fasse payer les riches. Ils veulent être protégés et avoir les moyens de vivre par leur travail. Toutes les mesures qui iront dans ce sens seront les bienvenues à la condition qu’elles soient perçues dans leur diversité comme n’ayant dans le fond que ce double objectif.


Dans l’espoir que vous voudrez bien accorder quelque attention à ce message,

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à ma haute considération.


Christian VANNESTE

Publié dans Actualités nationales

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