L'Eglise française a-t-elle les moyens de se réinventer elle-même ?

Publié le par A.P.ré. (Jean Claude Bayau Daban)

L'Eglise française a-t-elle les moyens de se réinventer elle-même ?

Malgré le lundi de Pentecôte, l'église catholique française ne peut oublier la crise qu'elle traverse. Un audit commandé par Monseigneur Pascal Rolland, évêque de Moulins, révèle une cruelle réalité : avec une diminution de 40 à 50% des fidèles, le manque de vocation des prêtres et l'augmentation de son déficit, l'Eglise peine à faire face au recul de la pratique religieuse.

Atlantico : Aujourd'hui, 60% des personnes qui vont à l'église ont plus de 60 ans et 71% de ces personnes sont des femmes. L'Eglise a-t-elle conscience de ce problème ?

Luc Perrin : Le catholicisme est à dominante féminine en France depuis le XIXe : ce sont les hommes qui se sont détachés en premier. Les chiffres moulinois confirment ce que les sociologues appellent le "dimorphisme sexuel" de la pratique religieuse. On note l'âge élevé aussi de ces pratiquantes, pratiquantes qui ont souvent investi massivement les nouveaux "ministères non ordonnés laïcs", typiquement les ministres extraordinaires de la communion, les membres des équipes d'animation pastorale, les catéchistes.

Toutefois les femmes de moins de 40 ans sont également touchées par le détachement. Cela explique que le calcul fait depuis les années 1970-1980  par un nombre conséquent de théologiens et de clercs relève bien de ce que je nomme la pastorale des soins palliatifs car les laïques qui vieillissent devront être le relai des prêtres trop âgés : cela ne peut avoir qu'un temps.

Pourquoi selon vous, l'Eglise chrétienne en France apparait à bout de souffle en comparaison aux autres religions dans notre pays ?

Ce n'est pas le christianisme en bloc qui paraît "à bout de souffle" en France : il convient de distinguer, à la suite de la grille de Danièle Hervieu-Léger, entre les types de christianisme de convertis et ceux de basse intensité. La croissance relative du protestantisme dit évangélique par rapport aux Églises établies (luthérienne et réformée) en France fait écho à la situation nord-américaine ; après l'Alsace, ces Églises protestantes établies, toutes marquées par le libéralisme théologique et pastoral, s'unissent car elles sont en pleine crise. Cela est aussi vrai hors de France, de toutes les Églises protestantes historiques qui ont fait le même choix du libéralisme doctrinal : Communion anglicane, Églises luthériennes scandinaves, E.K.D. allemande, toutes ont des ministres femmes en grand nombre mais ce sont les fidèles qui les quittent et s'en détournent.

Au sein du catholicisme, entre le modèle poitevin et celui de Toulon-Fréjus (Mgr Rey), il est aisé de voir que le dynamisme caractérise le second et point le premier. On pourrait voir la même tendance dans les ordres et congrégations religieux : vieillissement et recrutement tari là où l'accommodement à la société moderne a été le plus poussé.

Pour les autres religions, il est frappant de voir aussi que c'est la tiédeur, l'accommodement aux valeurs modernes qui est peu porteur. Les formes les plus identitaires sont en forte croissance au sein du judaïsme français depuis 1967 au moins, judaïsme pourtant très sécularisé depuis le XIXe siècle ; il en va de même pour l'islam puisque l'on parle couramment de réislamisation (le cas de Mohamed Merah est assez typique si l'on met de côté les conséquences extrêmes qu'il en a tirées). Il reste que dans toutes les religions présentes sur le territoire français, ces "tièdes", gens qui relèvent d'une croyance de basse intensité, avec assez peu de conséquences quant à leur vie sociale, sont majoritaires.

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