Fillette violée : le pédophile avait vu son psychologue le jour de l'agression

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

Toulouse

L'enlèvement et le viol de la fillette ont ému et choqué tout un quartier./ Photo DDM, Xavier de Fenoyl.

 

Christophe G.-R., 40 ans, l'homme qui avait enlevé et violé une fillette, vendredi soir dans le quartier de la Faourette à Toulouse, avait déjà été condamné pour des faits similaires. Ce prédateur a été mis en examen et écroué hier pour enlèvement, viol et séquestration en récidive légale.

Christophe G.-R. a été mis en examen et écroué hier pour enlèvement, viol et séquestration en récidive légale après le calvaire qu'il a fait subir, vendredi soir, à une fillette âgée de 5 ans dans le quartier de la Faourette à Toulouse (nos éditions de dimanche et lundi). Son arrestation a soulagé le quartier, même si l'enquête sur cet individu au lourd passé n'est pas terminée.

Le parcours criminel de ce célibataire de 40 ans fait froid dans le dos. En février 1996, la cour d'assises de l'Essonne l'avait condamné pour des viols sur des mineurs de moins de 15 ans. En 1994, alors qu'il avait 23 ans, dans la région parisienne, il avait séquestré et violé des enfants auxquels il avait fait subir les pires horreurs. À l'époque, il avait écopé d'une peine de 15 ans de réclusion assortie d'une période de sûreté des deux tiers.

Dix ans plus tard, le 25 septembre 2006, le violeur avait pu sortir de prison et bénéficier d'une mesure de semi-liberté. Moins de trois semaines plus tard, il allait de nouveau s'attaquer à une fillette. Ce 15 octobre 2006, l'homme, domicilié en région parisienne, avait pris le train pour Nantes pour, selon ses premières déclarations, retrouver une amie et assouvir leur fantasme sexuel commun de faire l'amour dans une cabine des vestiaires d'une piscine de la ville.

En réalité, c'est à une petite fille, là encore âgée de 5 ans, qu'il va s'intéresser. Lui proposant son aide pour grimper sur l'échelle d'un toboggan de la piscine, il avait placé le dos de l'enfant contre son torse et plongé sa tête dans sa chevelure pour en sentir l'odeur. Un témoin l'avait vu se masturber. Christophe G.-R. avait entièrement nié ces attouchements. Le 4 août 2009, la cour d'appel de Rennes l'avait condamné pour ces faits à deux ans de prison. Il en était sorti au mois de juin dernier. C'est à cette époque qu'il est venu s'installer à Muret, dans la banlieue toulousaine.

Depuis, il travaillait dans une entreprise de fabrication de gilets pare-balles. Il était astreint à un suivi sociojudiciaire avec injonction de soins. « Il suivait régulièrement ses consultations médico-psychologiques », assure Michel Valet, procureur de la République de Toulouse. Vendredi, quelques heures seulement avant les faits, il s'était d'ailleurs rendu à une de ces consultations. Mais, après avoir ingurgité plusieurs litres d'alcool, ses pulsions ont repris le dessus. En véritable chasseur, il est parti en quête d'une proie avec la voiture que lui avait confiée un ami loin de se douter de ses desseins.

Sa course a rencontré une fillette de 5 ans, dans un square. Il l'a fait monter dans sa voiture et, pendant des heures, tout en roulant, lui a fait subir viols et sévices avant de la libérer traumatisée. Lorsqu'il a été arrêté, il s'apprêtait à quitter la région pour, selon nos informations, « recommencer ailleurs ».

 

Le chiffre : 2

Condamnations > Pour des faits similaires. Christophe G.-R. a été condamné à 15 ans de prison de réclusion en 1996 pour des faits similaires et à 2 ans de prison en 2009 pour des attouchements.

« Il avait ingurgité beaucoup d'alcool et n'a pas pu se restreindre. Il ne se souvient pas de tout ». Une source proche de l'enquête

"Soumis à des pulsions incontrôlables"

Combien de victimes jalonnent le parcours de ce prédateur ? Christophe G.-R. a été appréhendé par la police grâce aux témoignages de voisins de la fillette qui l'ont vu la déposer et ont noté le numéro d'immatriculation de la voiture qu'il conduisait. Placé en garde à vue, l'homme de 40 ans décrit comme « grand et très mince » a reconnu les faits. « Il ne les minimise pas », relate une source proche du dossier. « Il avait déjà été condamné et il essayait de se soigner. Il explique qu'il a été soumis à des pulsions incontrôlables. Il avait ingurgité beaucoup d'alcool et n'a pas pu se restreindre. Il ne se souvient pas de tout. » Depuis l'été dernier et son installation à Muret, Christophe G.-R. n'a pas fait parler de lui mais est-il resté tranquille pour autant ? Les enquêteurs de la police judiciaire de Toulouse, en charge de l'enquête, épluchent, depuis son arrestation, la vie de ce célibataire de 40 ans. Son domicile a été fouillé et son ordinateur saisi. Les enquêteurs recueillent un maximum de témoignages sur ses habitudes. Pendant 10 mois, Christophe G.-R. a réussi à tromper son monde. À Muret, ses voisins savaient qu'il avait fait de la prison mais pensaient à une affaire d'escroquerie. À aucun moment ils n'ont eu vent de son passé trouble.

Sa mise en examen hier pour enlèvement, viol et séquestration a soulagé les habitants du quartier de la Faourette où vit la famille de la fillette. « Il a avoué ? On est bien sûrs que c'est lui », interrogeait hier une jeune mère de famille. « Vendredi, on a vu un homme qui n'est pas du quartier traîner ici. On se demande si ce n'est pas lui ». Dans le petit jardin, près de l'aire de jeu, les riverains se racontent inlassablement le scénario de l'enlèvement. Les habitants sont en colère. « Comment peut-on faire ça à une enfant ? »

Depuis vendredi soir, le quartier de la Faourette est soudé autour de la famille de la petite fille.

C.L.

"On vivait en face d'un pédophile"

Partagés entre stupeur et écœurement, les voisins de Christophe G.-R., cet homme de 40 ans soupçonné d'avoir enlevé et violé une fillette de 5 ans, dans la nuit de vendredi à samedi, sont sous le choc. Hier, à Muret, près de Toulouse, sur la place d'un quartier en voie de réhabilitation où le suspect vivait, les riverains ont du mal à retenir leur colère. « Il nous racontait qu'il avait purgé une peine de 12 ans de prison pour des escroqueries. Bizarre… » Décrit comme « aimable », Christophe G.-R., grand et mince, était installé dans un petit appartement rénové depuis juin 2010. Il travaillait au Vernet, dans une entreprise de fabrication de gilets pare-balles. « Un ami lui avait prêté sa voiture. C'est avec ce véhicule qu'il a kidnappé la fillette. Dimanche, en regardant internet, j'ai découvert que cet homme qui vivait en face de chez moi était pédophile. Je n'arrive pas à y croire ! » Un autre riverain poursuit : « Je l'avais hébergé une nuit chez moi. Je suis dégoûté ! Pendant un moment, il disait qu'il vivait au Fauga, près de Muret. Il faisait des allées et venues entre Muret et la périphérie toulousaine, il a peut-être agressé d'autres enfants… » Mardi, soit trois jours avant l'enlèvement de la fillette, la compagne du suspect, enceinte de lui, l'avait plaqué. Vendredi soir, alors que Christophe G-R gardait la fillette sous son emprise, il avait appelé son ex-compagne pour lui dire qu'il voulait quitter la région. Mais la réactivité des habitants du quartier de la Faourette et le travail des enquêteurs de la PJ ont mis un terme au projet du récidiviste qui a été interpellé dans la nuit de vendredi à samedi.

Recueillis par F.Ab.

expert

"Un échec d'évaluation"

Les pédophiles sont-ils des malades ou des criminels ?

Jean-Pierre Bouchard, Criminologue et psychologue. Pour la plupart, ce ne sont pas des malades. Ils agissent en conscience. Autrement dit, ils savent que ces agressions sont totalement interdites. Qu'ils aient commis des viols ou des agressions sexuelles, les pédophiles, dans leur grande majorité, sont responsables sur le plan pénal.

Comment traiter les pédophiles, et notamment, les récidivistes ?

Il est capital de privilégier la solution pénale et donc la condamnation. Il suffit de s'appuyer sur le code pénal. Mais dans la pratique, la peine retenue est loin d'être la peine maximale. Ainsi, par exemple, le viol d'un adulte par un autre adulte prévoit une peine de quinze ans de prison. Or, cette peine est rarement appliquée. Dans ce type d'affaire, les agresseurs restent en moyenne 8 à 9 ans derrière les barreaux. S'ils se comportent bien en prison, ils sont remis en liberté.

Quelle est la solution sur le plan médical ?

Il faut utiliser ce que l'on appelle « la castration chimique » qui permet de faire baisser la libido. ll y a une seconde voie, ce sont les psychothérapies que l'on peut coupler parfois avec les traitements médicamenteux.

Les prises en charge actuelles sont-elles suffisantes ?

Non. Il existe un manque de formation des médecins et des psychologues dans notre pays. Et du coup, il y a des agresseurs qui peuvent passer entre les mailles du filet. Dans le cas de Toulouse, c'est un échec d'évaluation de sa dangerosité et de sa capacité à récidiver.

Recueilli par Jean-Wilfrid Forquès

Quelles prises en charge dans le monde ?

Dans tous les pays d'Amérique du Nord, les prises en charges psychothérapiques sont « cognitives et comportementales.» Cela veut dire qu'elles sont axées sur la critique des fantasmes et des motivations déviantes. Elles ont pour objectif de corriger le comportement potentiellement dangereux du patient. Elles sont surtout utilisées au Canada. En Europe, ces psychothérapies sont beaucoup moins systématisées dans leur principe. Des écoles théoriques s'opposent, ce qui génère des prises en charges très floues et beaucoup moins rigoureuses. On peut également pointer une autre grande différence au niveau de l'évaluation de la dangerosité. En France, « grâce à l'obligation de soins - qui intervient dès la sortie de prison - et à des techniques de travail en groupe, le traitement s'apparente plus à un accompagnement », explique le Dr Roland Coutanceau, président de la Ligue française de Santé mentale. Selon lui, « il faut faire prendre conscience au pédophile de la nature de ses actes, lui faire comprendre le traumatisme de la victime et lui apprendre à contrôler ou éviter des situations à risque ». De manière générale, les spécialistes estiment que « les thérapies cognitives et comportementales permettent de développer chez beaucoup d'agresseurs la prise de conscience des actes et une meilleure prévention des risques de dérives à venir ». Mais quelle que soit la technique, les psychologues ou psychiatres ne souhaitent pas donner l'illusion au grand public qu'ils ont la capacité à « stopper tout risque d'expression dangereuse ». Les prises en charge cliniques sont un atout mais pas une garantie systématique d'annulation des risques de récidive.

J.-W.F.

TOULOUSE :

 

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Publié le 18 Avril 2011

 

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