Compte rendu de l’Afterwork du mercredi 5 octobre 2011 sur la dette

Publié le par A.P.ré. (Jean Claude Bayau Daban)

 

 

Etat des lieux en France :

 

La dette publique française s’établit à 1692 milliards d’euros soit 86.2% du PIB.

Cette dette, dette de toutes les administrations publiques, est détenue à 65% par des non résidents.

Les économistes font consensus pour dire que 90% du PIB dans un pays est le seuil à partir duquel l’endettement d’un pays affecte fortement sa croissance, c’est une sorte de point de non-retour.

A partir de ce constat, nous ne pouvons qu’être favorables à l’inscription de la règle d’or dans la constitution.

Le remboursement de la dette est aujourd’hui le premier poste du budget de l’état.

Malgré tout la France garde son triple AAA grâce à sa croissance, sa capacité historique à rembourser (dernier défaut 1795), la qualité de ses actifs et l’aspect épargnant de ses ménages (environ 1400 milliards d’euros en assurance vie).

 

Etat des lieux en Europe :

 

Conformément à l’art.123 du traité de Lisbonne et même si elle a dérogé à la règle pour racheter de la dette grecque, la Banque Centrale Européenne ne peut pas, comme la FED créer massivement de la monnaie pour racheter les dettes souveraines.

La création de monnaie en Europe a provient majoritairement du secteur bancaire. En effet, les banques étant tenues (Bâle III) de posséder 10% des sommes qu’elles prêtent en réserves, chaque fois qu’une banque prête 100€, elle crée en théorie 90€ de monnaie nouvelle.

Influer sur les taux directeurs est le principal moyen pour la BCE de maitriser la création de monnaie nouvelle par les banques commerciales en facilitant ou restreignant l’accès au crédit.

Cette politique décriée de stabilité monétaire a néanmoins permis pendant 15 ans aux entreprises et aux ménages d’investir sereinement débarrassés du problème de l’inflation.

Si dans l’urgence la BCE décidait, tout comme la FED de créer de la monnaie pour racheter les dettes des états, cela créerait des problèmes précis :

 

- Ce serait contraire au traité de Lisbonne, la BCE serait attaquable juridiquement  

- Quid des critères de rachat des dettes (par priorité ? par montant de la dette ? du PIB ?)

- La création de monnaie provoquerait de l’inflation

Toutefois, la Grèce se finançant aujourd’hui sur les marchés aux alentours des 15% d’intérêts, la situation actuelle ne pourra perdurer longtemps.

Les banques peinant à atteindre les 10% de réserves conformément aux accords de Bâle III, un défaut de paiement d’un état, s’il se propageait dans la zone Euro provoquerait un effet domino au niveau des états comme du secteur bancassurance.

Les agences de notation ont leur part de responsabilité dans la crise mais leur rôle est nécessaire, plutôt que d’envisager de les supprimer, il faut, comme le fait Michel Barnier à l’échelon européen, travailler à une réforme du système et des agences de notation pour une meilleure performance.

 

Perspectives

 

La grande difficulté de la France et des autres états européens aujourd’hui est de parvenir à stabiliser leur niveau de dette sans amputer leur croissance.

 

En effet, si la dette française est considérable, les perspectives de croissance permettent d’envisager des ressources suffisantes pour financer les intérêts de la dette.

En l’absence de croissance, il deviendrait impossible pour la France comme pour tout autre pays touché par la crise de la dette, de payer ses intérêts.

Certaines voix préconisent un retour au franc, cette proposition démagogique n’aurait d’autre finalité que la faillite de l’état français.

En effet, si le franc redevenait la monnaie légale en France dans le contexte qui est le notre, il serait d’emblée dévalué du à la méfiance des marchés vis-à-vis d’une nouvelle monnaie.

Hors la dette française étant libellée en euros, celle-ci augmenterait d’autant que le franc perdrait de sa valeur. Il va de soi que les créanciers de la France, pour 65% des non-résidents réclameraient leur du en euro et non en franc français.

Ne pouvant plus payer ses dettes, l’état français entrerait en faillite très rapidement après le retour à l’ancienne monnaie.

Rappelons à toutes fins utiles que le repli sur soi (protectionnisme, autarcie) est un réflexe connu en temps de crise. Ceci dit, Il n’existe aucun exemple empirique de pays dont les habitants se soient enrichis en période d’autarcie.

Au contraire, le développement de l’Occident s’est fait parallèlement à son ouverture au monde, il en va de même aujourd’hui pour les pays émergents.

La France ne peut sortir grandie d’un déni de la mondialisation, la seule position viable est d’accepter le jeu la concurrence internationale et d’affronter cette concurrence en mettant tous nos atouts d’industrie, de savoir faire et de formation dans la bataille économique.

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