Les détenus ont aussi… des devoirs ! par Christian Vanneste

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

 

Je participe actuellement au débat sur la loi pénitentiaire. Et la loi et le débat sont riches d’enseignement sur la dérive actuelle. Il est d’abord évident que la loi est en contradiction totale, par la philosophie qui l’inspire, avec la politique de sécurité initiée par la majorité actuelle depuis 2002.

 

L’obsession quant aux droits des détenus, l’affirmation sans cesse répétée de leur citoyenneté pleine et entière, à l’exception de l’emprisonnement, conduit à 2 conséquences fâcheuses.

 

La première consiste à oublier totalement les victimes, et à faire des condamnés les victimes d’une administration toute puissante dont la stigmatisation est toujours soutenue par le rappel d’un taux de suicide particulièrement élevé.

 

La seconde résulte de la première. Le déplacement de la droite vers la gauche permet à celle-ci de triompher idéologiquement jusqu’à l’absurde. J’ai entendu un député socialiste dire qu’il faisait davantage confiance aux détenus qu’à l’administration pénitentiaire. A de nombreuses reprises, des députés de l’opposition et même certains de la majorité ont demandé au profit des détenus des droits que des personnes libres, et donc les victimes des détenus, ne possèdent pas forcément : la formation, l’apprentissage du français, le bureau de vote à domicile (il n’existe même pas dans les maisons de retraite !), le libre-choix de l’activité jusqu’à pouvoir la refuser totalement etc… Il était temps de réagir. J’ai donc proposé et fait adopter un amendement stipulant que les détenus avaient aussi… des devoirs.

 

En fait, il y a dans ce projet de loi une grande hypocrisie. On évoque surtout le droit des condamnés pour faire accepter subrepticement l’accélération du flux des détenus comme solution à la terrible surpopulation carcérale. Si désormais, de moins en moins de gens iront en prison, et en sortiront de plus en plus vite, c’est parce que les lois répressives que nous avons votées pour réduire une délinquance et une criminalité qui avaient dépassé la barre des 4 millions de faits en l’an 2000, engendrent un taux d’incarcération que les programmes immobiliers et les budgets du Ministère de la Justice ne peuvent plus suivre. Si je comprends parfaitement le problème, je pense que la solution qui consiste à ne pas emprisonner des condamnés à deux ans, ou à les libérer trop vite, n’est pas la bonne solution. La plus grande partie des condamnés l’est heureusement à de faibles peines inférieures à 6 mois. C’est là qu’il faut agir ! Notamment en développant les travaux d’intérêt général. Cela demande des moyens, de la volonté, la participation des collectivités territoriales. C’est plus difficile, plus courageux, plus efficace que l’illusion des gadgets électroniques.

 

A hypocrite, hypocrite et demi, la duplicité gouvernementale n’est rien auprès de celle de la gauche de l’hémicycle. La vision angélique des condamnés, le soupçon permanent sur l’administration pénitentiaire, l’oubli des victimes accompagnent une critique caricaturale de la prison et passent évidemment sous silence la montée de la délinquance et l’arrêt des programmes pénitentiaires sous les gouvernements de gauche. Tartuffe n’est pas mort !

 

Christian Vanneste

Publié dans Dossiers

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