Pour un internet public et gratuit. Tribune les Echos - Juillet 2009

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

Le débat parlementaire sur Hadopi a souligné l'aspiration à la gratuité des internautes qu'offre en particulier le téléchargement sans autorisation d'oeuvres artistiques. Corollaire de cette aspiration, la protection par le Conseil constitutionnel du principe de liberté d'accès à Internet que seul le juge peut entraver. Mais plus importante encore que la gratuité de certains contenus apparaît la gratuité de l'accès à Internet : plusieurs fournisseurs permettent à leurs abonnés de se connecter librement depuis les « box » d'autres abonnés sur l'ensemble du territoire national.

 

Internet apparaît ainsi de plus en plus comme un bien commun de l'humanité, au même titre que l'eau. Mais, de même que l'accès à l'eau nécessite une infrastructure très sophistiquée, l'accès à Internet nécessite de lourds investissements de la part des fournisseurs d'accès. L'Europe, à travers la Stratégie de Lisbonne, s'est fixé pour objectif d'apporter au plus grand nombre d'Européens l'accès à la connaissance. C'est donc à l'Europe de promouvoir des services culturels élargis, sans pour autant sacrifier la compétitivité des fournisseurs d'accès. Il serait ainsi ambitieux et réaliste de garantir à toute personne, internaute ou non, sur tout le territoire européen, d'avoir accès gratuitement, par Internet, aux différents services publics, territoriaux, nationaux et communautaires. Il suffirait simplement d'autoriser les fournisseurs d'accès à assortir l'information fournie d'une compensation publicitaire.

 

Cette offre serait comparable à celle des opérateurs téléphoniques qui permettent l'accès au numéro d'urgence européen gratuitement, le 112 ; elle serait offerte à travers tous les accès Wi-Fi, quel que soit l'opérateur capté, sur tous les terminaux, « notebooks » ou « smartphones ». On installerait une borne tactile et très simple d'usage dédiée à cet objectif, à proximité immédiate de chaque mairie, partout en Europe, en libre-service et sur le modèle des locations de DVD. Toute personne pourrait ainsi prendre rendez-vous avec ses élus, commander une carte grise ou obtenir un numéro d'appel téléphonique administratif, payer ses impôts, identifier les possibilités de stages pour les étudiants dans les administrations nationales ou internationales. Voilà un vrai service à la personne ouvert à tous les territoires vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en particulier aux plus ruraux et aux non-internautes… que l'on oublie toujours !

 

Nul besoin d'arbitrer ici la forme que devrait revêtir la décision, hautement politique : l'essentiel n'est-il pas d'apporter aux citoyens la conviction que l'Europe peut aussi leur rendre un service précieux et gratuit ?

 

Source : Bernard Carayon

 

Publié dans Dossiers

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