Lettre de Martine Aubry à Manuel Valls «Arrête tes attaques, ou pars»

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

«Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste», prévient Martine Aubry, qui ne supporte plus les critiques de Manuel Valls sur le PS. (montage Le Figaro.fr)
«Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste», prévient Martine Aubry, qui ne supporte plus les critiques de Manuel Valls sur le PS. (montage Le Figaro.fr)

La première secrétaire du PS a adressé une lettre au vitriol à l'un des candidats déclarés pour les primaires socialistes de 2012, lui demandant de faire un choix : jouer collectif ou quitter rapidement le Parti socialiste.

Aucune trêve estivale au Parti socialiste. Alors que le 14 Juillet se place traditionnellement sous le signe de la concorde nationale, le temps est toujours à l'orage dans la principale formation d'opposition. Comme le révèle Le Parisien de mercredi, Martine Aubry a choisi ce jour pour adresser un courrier musclé à Manuel Valls, le député-maire PS d'Evry qui critique régulièrement son parti, tient ses propres meetings, anime un club («A gauche, besoin d'optimiste !») et n'hésite pas à dialoguer avec la droite.

Les mots employés - durs et inhabituels en public pour Aubry, et en rupture totale avec la méthode Hollande - ressemblent à un ultimatum : «Tu donnes l'impression d'attendre, voire d'espérer, la fin du Parti socialiste. Mon cher Manuel, s'il s'agit pour toi de tirer la sonnette d'alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste», tranche la maire de Lille, qui peine à imposer son leadership.

 

«La génération qui dévore ses enfants»

Consciente que l'image du PS reste «déplorable» depuis le Congrès de Reims en novembre dernier, elle espère à travers ce recadrage mettre un terme à la «cacophonie d'expressions isolées» et aux «initiatives solitaires prenant le contrepied du parti», alors qu'elle a tenté de relancer le débat d'idées lors d'un séminaire à Marcoussis le 7 juillet. Pour Aubry, Valls doit donc rentrer dans le rang ou quitter sur le champ la rue de Solférino. «Je ne peux accepter qu'il soit porté atteinte au travail que nous avons le devoir de réaliser. C'est un moment de vérité. Je te demande de me faire part de ton choix dans les jours qui viennent, et d'en assumer toutes les conséquences pour l'avenir».

Si elle ajoute «avec toute mon amitié» à la fin de sa lettre au vitriol, Martine Aubry ne digère toujours pas les propos récents du député-maire d'Evry, candidat déclaré pour la présidentielle de 2012. Lors d'un débat avec un ex-conseiller de Jospin la semaine dernière dans Libération, il estimait qu'«il faut désormais privilégier la clarté du projet au fétichisme des mots», rappelant qu'il est favorable au changement du nom du Parti socialiste. Il s'en était surtout pris à «la génération qui a failli», celle qui selon lui «dévore ses enfants». «Il est temps qu'elle passe la main à des hommes et des femmes contemporains», lâchait ainsi Valls sans citer Fabius, Strauss-Kahn… et Aubry.

 

Valls : «Je ne vais pas me taire»

La patronne du PS attend désormais la réponse de son «cher Manuel», qui s'appuie d'après elle sur «les règles collectives pour appeler à l'insurrection militante». Une réplique qui ne s'est pas fait attendre. «Je ne quitterai pas le PS, pas plus que je ne vais me taire», aurait répondu Manuel Valls, à en croire Le Monde. Qualifiant l'initiative d'Aubry de «caporalisme», il devrait donc garder toute sa liberté de ton et d'action. La preuve ? Mardi, il était l'un des rares socialistes à se montrer à la garden party de l'Elysée, avec des élus comme Michel Rocard ou encore Michel Charasse. L'ancien ministre et proche conseiller de François Mitterrand, bien connu lui aussi pour ses critiques acerbes envers le PS, en avait été exclu.

Déjà fragilisée en interne après l'échec cuisant de son parti aux élections européennes et rabrouée par ses partenaires de l'ex-gauche plurielle qui n'ont pas donné suite à son appel d'une union de la gauche , Martine Aubry engage donc un nouveau bras de fer avec un des jeunes quadragénaires ambitieux qui incarnent l'avenir du parti. D'ici à la traditionnelle université de rentrée à La Rochelle fin août, l'été s'annonce chaud au PS.

 

source : Le Figaro

Publié dans Actualités nationales

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BHL 19/07/2009 12:25

Le PS va mourir ? Non. Il est mort. Personne, ou presque, n'ose le dire. Mais tout le monde, ou presque, le sait. (...) La seule chose sûre c'est que ce Parti qui fut celui de Blum et de Jaurès est en train de perdre ce qui lui restait d'âme et doit disparaître', juge, sans appel, Bernard-Henri Lévy dans un entretien paru, dimanche 19 juillet, dans le Journal du Dimanche

France Soir 17/07/2009 20:09

Après avoir lancé un ultimatum à Manuel Vals qui fait long feu, Martine Aubry paraît avoir beaucoup de mal à asseoir son autorité à la tête d’un parti qui, dépourvu de tout projet commun et sensible aux « coups de chaleur », tend à se décomposer…
Pathétique, pitoyable, dérisoire… La langue française a beau être fort riche en adjectifs, synonymes et faux amis, les mots en arriveraient presque à manquer devant le spectacle offert par le Parti socialiste, sa direction et ses divers représentants. Même les sympathisants les plus complaisants en restent sans voix. Aussitôt après que Martine Aubry, en sa qualité de première secrétaire du PS, s’est adressée par lettre à Manuel Valls pour le sommer, sur un ton résolument grave, de rentrer dans le rang en cessant ses critiques ou de quitter le parti, les réactions, à mots couverts ou non, se sont multipliées.
Immobilisme systémique
Ici, c’est Claude Bartolone, le député de Seine-Saint-Denis, qui juge « important » le message de Martine Aubry, à savoir : « Le parti, c’est pas une auberge espagnole » (sic). Là, c’est Jean-Noël Guérini, le patron de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, qui « ne comprend pas » la lettre de la première secrétaire adressée au candidat déclaré à d’éventuelles primaires au PS pour la présidentielle de 2012. « J’aurais préféré qu’ils se rencontrent en tête-à-tête plutôt que ça se fasse par écrit », déplore-t-il, avant de souhaiter que « la raison l’emporte » et « qu’on trouve les solutions adaptées ». Là encore, c’est Arnaud Montebourg, le secrétaire national PS chargé de la rénovation qui refuse mordicus « d’en rester au constat de l’immobilisme systémique d’un parti devenu très vieux ». Le député de Saône-et-Loire évoque ainsi la convocation d’un référendum militant afin de trancher la question des primaires et prend l’initiative d’un coup de Jarnac en décidant d’organiser dans la commune charentaise un « séminaire » sur le sujet le 27 août… C’est-à-dire la veille de l’université d’été du PS !















Les vacances comme solution !
Loin d’attendre pour faire fi de l’ultimatum dont il est l’objet, Manuel Valls, « très calme, très serein, très déterminé » jeudi matin sur Europe 1, y va lui aussi de ses petites phrases assassines au sujet de la « conception très datée du parti » et de l’aveuglement manifeste de son actuelle première secrétaire. Au point que Michel Sapin, le secrétaire national du PS à l’économie en est réduit à invoquer les vacances comme solution pour faire face à la crise !
Parallèlement, un ex-soutien de Ségolène Royal comme Gaëtan Gorce agite le spectre du Parti communiste des années 1980. « Il ne faut pas, susurre-t-il à l’Agence France Presse, un Parti socialiste qui se referme sur lui-même comme le Parti communiste d’il y a une vingtaine d’années. » Tandis que de son côté, Pierre Moscovici continue, l’air de rien, de recueillir des signatures dans le cadre de la pétition qu’il a lancée en faveur de « primaires ouvertes »…
Camouflets
Le comble, c’est que ces signes manifestes de graves difficultés sont loin de ne concerner que l’intérieur du parti. La « maison commune » de la gauche qu’a prônée Martine Aubry fait plus que peiner à s’édifier. Non seulement le Vert Daniel Cohn-Bendit a accueilli plutôt fraîchement l’initiative, mais encore Jean-Luc Mélenchon, le fondateur du Parti de gauche a refusé tout net et la communiste Marie-George Buffet, allant jusqu’à réclamer un « échange sérieux », et non « une démarche de façade ou de replâtrage » ni des « appels miracles au rassemblement », a bien failli voir rouge…
A l’évidence, l’actuelle direction du Parti socialiste ne sort pas grandie de tous ces camouflets, qu’ils soient « internes » ou « externes ». « Voir Martine Aubry et ses amis du PS qui font une campagne absurde contre nous, nous accusent d’être liberticides, fait tristement sourire », a eu beau jeu d’ironiser Jean-François Copé, le chef de file des députés UMP, feignant un peu d’ « étonnement » devant le lamentable spectacle offert. De fait, même si la période estivale paraît pouvoir se prêter à certaines fantaisies ou à des « coups de chaleur », le PS, avec son réseau d’intéressantes collectivités locales et d’apparatchiks souvent réputés intéressés, ressemble de plus en plus à une structure généreusement gratifiée de très substantiels financements publics, mais fort pauvre en idéaux… et, au bout du compte, foncièrement discréditée.