le cardinal Vingt-Trois revient sur l'actualité

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)


par Cardinal André Vingt-Trois

LA CRISE ECONOMIQUE
Les soubresauts de notre vie ecclésiale ne doivent pas nous faire oublier que notre société est traversée par une crise d'une autre ampleur. Mais peut-être certains ne sont-ils pas fâchés que nous leur fournissions des dérivatifs... La crise économique qui a débuté il y a quelques mois est encore loin d'avoir fait sentir tous ses effets et elle entraînera nécessairement un appauvrissement général qui touchera plus durement les personnes les plus fragiles de notre société : les chômeurs, les jeunes en précarité, les immigrés, etc. Nous aurons l'occasion d'y réfléchir au cours de notre assemblée.

Comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, ce qui est en cause, c'est la logique même de notre fonctionnement économique dont le dynamisme repose sur l'expansion indéfinie des revenus et de la consommation. Imaginer que cette consommation puisse être assurée par la seule répartition des fonds publics est un leurre et une tromperie. Jusqu'à présent, notre pays n'a pas encore été touché aussi fortement que d'autres, mais nous sommes encore loin de la sortie de la crise. Déjà en 1982, notre conférence appelait des « Nouveaux modes de vie. » C'est à de nouveaux modèles que nous devons travailler, nouveau modèle de production agricole, nouveau modèle de développement économique, nouveau modèle d'échanges avec les pays pauvres, nouveau modèle de gestion des ressources naturelles.

L'EUROPE
L'extension de la crise économique suscite des reflexes protectionnistes prévisibles. Ce protectionnisme se développe aussi dans la communauté européenne. La chute du mur de Berlin, il y a maintenant vingt ans, avait ouvert les chemins difficiles d'un élargissement vers l'Est. Vaille que vaille, cet élargissement s'opère et avec lui s'imposent de manière inéluctable les obligations d'une véritable solidarité entre les Etats. Depuis plus d'un demi-siècle, l'Union européenne a apporté la paix et les conditions d'un réel développement économique dans une certaine solidarité. Certes, notre Europe n'est pas parfaite, mais elle ne pourra pas progresser sans une véritable mobilisation des citoyens. Les prochaines élections au Parlement européen doivent exprimer notre attachement à l'Europe et nous ne manquerons pas d'inviter les catholiques à prendre leurs responsabilités. Nous aurons à nous prononcer sur le modèle d'Europe que nous voulons soutenir et développer.

L'AUTORITE PARENTALE
Le récent projet de loi sur des délégations de l'autorité parentale souligne bien un travers de notre société : le recours constant à de nouvelles lois pour trouver des solutions à des difficultés réelles mais très partielles. Chaque épisode fonctionne comme s'il n'existait encore aucune solution légale ou comme si une nouvelle loi avait pour principal objectif de promouvoir des requêtes particulières à la dignité de cause universelle. La pauvreté du dialogue social et des médiations rejette sur la loi et ses applications judiciaires toute la gestion des conflits particuliers. Remplacer le débat social par l'action judiciaire n'est pas au bénéfice de la démocratie.

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