La titrisation

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

La crise des « subprimes » illustre les dangers de l'abus de cette technique qui transforme un prêt en titres négociables.

« Un exemple de titrisation simple ? » Françoise Bussac, associée à PricewaterhouseCoopers et auteur du livre Découvrir les instruments financiers en IFRS, hésite un instant, puis se ravise : « Franchement, même les titrisations élémentaires sont relativement complexes... »

Si l'on formule une définition, « la titrisation est une technique financière qui transforme un portefeuille de créances (prêts ou factures) ou d'autres actifs (comme des stocks) en titres négociables : obligations ou billets de trésorerie », explique-t-elle. En pratique, dans toute titrisation, il y a nécessairement trois parties : la banque ou l'entreprise commerciale qui cède un portefeuille de prêts ou de créances, la société financière qui achète, découpe et revend ce portefeuille sous forme de titres, et le client final qui achète ces titres.

Alléger ses besoins en fonds propres

Pourquoi une banque titrise-t-elle ses crédits ? « Avant tout, pour alléger ses besoins en fonds propres, explique Annick Chaumartin, associée à PricewaterhouseCoopers. Quand elle prête 100 euros, une banque doit immobiliser 8 euros de fonds propres à cause des règles prudentielles. Si elle titrise ces 100 euros de crédit, les 8 euros de fonds propres redeviennent disponibles pour investir dans une autre activité. Les entreprises commerciales, par exemple les opérateurs téléphoniques, qui ont des revenus assez récurrents, titrisent leurs factures pour obtenir du cash tout de suite. »

Plus de risque, plus de performance

Comment ces titres arrivent-ils dans le portefeuille du particulier ? Depuis une dizaine d'années, les OPCVM dits « monétaires dynamiques » ont la cote. Ce sont des produits grand public qui contiennent une petite part (1 à 5 %) de crédits titrisés. Cette part est plus risquée qu'une obligation du fait qu'elle est adossée à un crédit ou à une créance. Mais elle est aussi mieux rémunérée. Elle permet donc de doper la performance, ce qui a séduit beaucoup d'épargnants.

Ces dernières années, l'imagination des financiers a été sans limite : ils ont découpé, mélangé, « surstructuré » des dizaines de « sous-jacents » de toutes sortes, au point que les investisseurs ne savaient plus ce qu'ils achetaient ni où était le risque. Les subprimes, ces crédits immobiliers américains gagés sur la valeur des maisons, étaient allégrement titrisés. Jusqu'au moment où les défaillances des emprunteurs ont secoué les premières sociétés de crédit.

Puis l'opprobre s'est abattu en cascade sur tous les titres susceptibles d'intégrer, de près ou de loin, des subprimes. Le doute s'est généralisé, et, aujourd'hui, le marché de la titrisation est atone. Mais la confiance reviendra - les trésoriers d'entreprise, par exemple, commencent à réclamer une « labélisation » des produits titrisés -, et la technique resservira. « La titrisation, c'est comme le nucléaire : on ne reviendra pas en arrière ! » précise Françoise Bussac.

Gilles Lockhart -  01/04/2008  - L'Expansion

 

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Publié dans Dossiers

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Anthony WILLIAMS 11/06/2008 09:29

C'est la mise en place des ratios de solvabilité : Fonds propres prudentiels sur total des engagements qui doit être à 8 qui a poussé les bnaques à aller vers la Totrisation.