Histoire des relations Chine / Tibet afin de mieux comprendre les tensions entres ces deux territoires

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

 

 

Nous entendons beaucoup de choses sur La Chine et le Tibet mais quelle est la part de vérité ? Pour bien comprendre ce qui se passe au Tibet je vais vous retracer son historique. Sans prendre parti, nous allons mieux comprendre le point de vue de la Chine. L’A.P.Ré. n’est pas là pour défendre le communisme bien au contraire, mais il est bon de donner une autre version. C’est un problème typiquement occidental de prendre la défense de telle ou telle cause sans en connaître ni l’histoire, ni les conséquences… dans ce cas précis l'occident a tendance à idéaliser de façon mythique le Tibet. Nous nous faisons manipuler facilement par les médias.

Voici l’histoire des relations Chine / Tibet :

Le Royaume tibétain naît en 127 avant JC.

En 641 le bouddhisme est introduit dans ce royaume. Durant les deux siècles suivant, les Tibétains vont tenter d’agrandir leur territoire contre leurs voisins (notamment les chinois). Ecrasant les chinois en 751, ils vont étendre pendant des décennies leur influence sur l’Asie centrale au détriment de la Chine.

Le Tibet est alors dirigé par une poignée de familles sur le fonctionnement de la royauté et de la féodalité.

À partir du VIIIe siècle, le bouddhisme est décrété religion d’État. La religion contrôle et soutient les lignées royales. Les dalaï Lamas deviennent les véritables chefs du pays.

En 821, Le Tibet signe un traité de paix avec la Chine.

Au XIIIe siècle, les mongols s’imposent au Tibet et le considère comme une partie de leur empire. Cependant ce sont les tibétains qui vont alors exercer une influence importante sur le peuple mongol. Ces derniers vont commencer à adopter le bouddhisme. (Les mongols abandonneront leur religion au XVIe siècle au profit du bouddhisme). Les Mandchous au pouvoir en Chine soutiendront également le bouddhisme tibétain.

En 1645, le 5e dalaï lama établit la capitale à Lhassa.

En 1649, le chef temporel du Tibet est invité à Pékin par l'Empereur Chinois de l’époque.

Entre 1670 et 1685, sous le règne du 5e dalaï lama, le Tibet conquiert de nouveaux territoires au Sud et à l’Ouest.

Estimant que le 6e dalaï Lama mène une vie dépravée et ne gère plus le pays, les Kalmouks Khorshuud décident d’intervenir. Appuyés par les Mongols et les Chinois, ils envahissent le Tibet en 1705 et rétablissent un pouvoir «plus sain ».

En 1720 de nouveaux événements viennent modifier le pouvoir tibétain. Le 7e  dalaï lama qui est mis en place reconnaît la Chine comme pouvoir protecteur.

La dynastie Han et Ming qui régnent en Chine va alors exercer une influence politique sur le Tibet proche du protectorat sans toutefois l'incorporer dans leur empire. Toutefois, ce protectorat chinois est tantôt réel en périodes troubles (guerre civile, rébellions…), tantôt il s’avère beaucoup plus souple en temps calmes, avec un retrait des Chinois qui se contentent de remplir leur rôle de protecteur. Ainsi, ils interviennent pour stopper les invasions extérieures vers le Tibet jouant leur plein rôle de protecteur.

En pleine période coloniale, les  britanniques tentent une approche en direction du Tibet. Mais cela se solde par des échecs, avec une fin de non-recevoir de la part des autorités tibétaines qui refusent de s’ouvrir aux influences occidentales ou de voir leur territoire traversé par des commerçants.

En 1904, devant l'impossibilité d'imposer pacifiquement leur présence, les Britanniques lancent une opération militaire au Tibet. Cette opération aboutit à l’occupation de Lhassa et à la fuite du 13e dalaï Lama vers la Mongolie. L'extrême brutalité de cette action militaire, est marquée par le massacre de la défense tibétaine.

En 1907, les Britanniques imposent la signature du traité de Lhassa qui entérine leur présence au Tibet. Ce traité contraint les Tibétains au versement d’une indemnité (Cet accord est négocié sans la participation des Chinois). Après avoir compris que l'emprise chinoise n'était que virtuelle, les Britanniques ne vont ainsi plus s’adresser qu’aux seuls Tibétains, reconnaissant implicitement la souveraineté du Tibet.

Par la suite les Anglais décident de se montrer plus conciliants avec les Chinois. La convention de Lhassa est aménagée. Il n’y aura pas d’occupation anglaise du territoire tibétain. La suzeraineté de la Chine sur le Tibet est réaffirmée. Cette dernière puissance règle les sommes dues aux Anglais par les Tibétains. Les rivalités des grandes puissances ont renforcé la tutelle de la Chine.

En 1908, les Britanniques retirent leurs troupes du Tibet mais continuent, en vertu des traités, d’y exercer un droit de regard.

En 1909,  le 13e Dalaï lama revient à Lhassa. Il se montre gracieux avec les Tibétains et ignore ostensiblement les Chinois. Le 13e dalaï lama crée un Bureau des affaires étrangères, embryon d’un futur ministère. Une armée chinoise entre au Tibet soi-disant pour faire respecter les accords sino-britanniques. La Chine entend en réalité prendre sa revanche, suite à l'agression britannique, et affirmer son autorité sur le Tibet.

L'armée chinoise entre à son tour à Lhassa. Le dalaï lama est contraint de fuir une seconde fois.

En 1911, le 13e dalaï lama profite de son exil en Inde pour s’initier à la politique étrangère. L’idée de créer une armée nationale germe dans son esprit. Il entre secrètement en relation avec la résistance tibétaine et prépare une insurrection.

En 1913, un accord de reconnaissance mutuelle d’indépendance est signé entre la Mongolie et le Tibet. Les relations établies entre les deux nations permettent l’acheminement d’armes japonaises du Japon vers le Tibet en transitant par la Mongolie.

En 1914, une convention qui réunit les représentants de la Grande-Bretagne, de la Chine et du Tibet, définit le statut et les limites géographiques du Tibet. Ils redessinent une partie de l’Asie avec de nouvelles frontières. Bien que paraphés par les représentants des trois pays, le gouvernement de Pékin s'oppose aussitôt à l'accord et renie le paraphe de son délégué car, s'il aurait accepté le statut d'autonomie du Tibet extérieur sous suzeraineté chinoise, il rejette en revanche les frontières proposées.

En 1929, la Chine accepte de reconnaître l'autorité du Dalaï-lama, mais obtient certains avantages en échange.

En 1938, l'agression japonaise contraignent le gouvernement de la République de Chine à fuir au Sichuan. Des centaines de civils, effrayés par les exactions nippones, se réfugient à l’ouest de la Chine dans des territoires autrefois tibétains. Ceux-ci vont désormais être majoritairement peuplés de Chinois.

Rapidement l'Inde obtient son indépendance. Les Tibétains affirment à leur tour leur volonté d’indépendance. La Grande-Bretagne se désengage vis-à-vis de Lhassa. Le Tibet n'était pas détaché de la Chine, faisait partie de la République chinoise, et la souveraineté de la Chine sur le Tibet est reconnue par toutes les puissances étrangères.
En 1949, Mao tse Toung triomphe en Chine continentale et instaure la République Populaire de Chine. Tchang Kaï Chek et les nationalistes s'enfuient à Taiwan.
Encouragés par l’arrivée au pouvoir de Mao en Chine, Phuntsok Wangval et son « Association des Jeunes Tibétains sous Serment » réclament un changement de gouvernement tibétains et l’avènement d’une société moderne et démocratique.
En 1950, la Chine annonce ce qu'elle appelle la « libération » du Tibet.
En 1951, l'armée chinoise pénètre dans Lhassa. Ces événements marquent pour le Tibet l'instauration d'un nouveau régime qui le place sous la dépendance du gouvernement de Pékin.
Entre 1957 et 1961, les Américains entraînent des guérilleros tibétains, dans le but de la guerre froide. Un soulèvement du peuple tibétain débute en mars 1959. La révolte est durement réprimée par l'armée chinoise.
À partir de 1959, juste après avoir réprimé ce qu'il qualifie de révolte de l'ancienne classe privilégiée de l'ancien Tibet, le gouvernement communiste met en place au Tibet une série de réformes, notamment l'abolition du servage. Mao fait construire des routes et des écoles. Avant 1959, le Tibet était une théocratie féodale, dirigée par les grands propriétaires terriens et les prêtres. La majorité de la population rurale avait un statut de serfs ou de paysans, avec une minorité d'esclaves. Une justice sommaire et partiale était rendue par le seigneur ou le Lama, comprenant tortures et mutilations.
Au Tibet, entre les années 1950 et 1990, la mortalité infantile va diminuer de 430‰ à 97,4‰, et l'espérance de vie va augmenter de 36 ans à 61 ans. La population tibétaine de souche va doubler. Puis va passer de 4,5 millions en 1990 à 5 millions en 2000 à quasiment 6 millions aujourd’hui (difficile de croire en un génocide).
La culture tibétaine est préservée en tenant compte des exigences de la modernité : le tibétain est enseigné en maternelle. Les cours du lycée sont en mandarin et les étudiants appartenant à la nation tibétaine ont des bonus pour rentrer à l'université (discrimination positive).
La langue tibétaine est respectée par l'état chinois, même pendant les années maoïstes. Par exemple, le tibétain est écrit sur les monnaies chinoises. La radio nationale de la Chine s'adresse en langue tibétaine depuis 1950.  En 1959, le taux d'analphabétisme au vieux Tibet est de 97 %, celui-ci recule chaque année, actuellement le taux de scolarité est d'environ 95 %. Dans les écoles des zones tibétaines, les enseignements sont bilingues. En 2006, uniquement dans la région autonome du Tibet, l'état emploit 10.927 enseignants de la langue tibétaine à temps plein. Les officiers qui travaillent au Tibet sont obligés d'apprendre le tibétain.
Étant un pays communiste, la prostitution et le mariage forcé sont interdits. La première loi de mariage de la République Populaire de Chine abolissait radicalement le mariage forcé, pour le remplacer par un nouveau système fondé sur la liberté du mariage, la monogamie, l'égalité entre l'homme et la femme, et la protection des intérêts légitimes de la femme et de l'enfant. Cette loi s'applique au Tibet intérieur en 1950 et à la Région autonome du Tibet en 1960, juste après le révolte de l'ancienne classe privilégiée.
Interdit depuis 1966, le Festival de la grande prière (Monham) a été rétabli en 1986, décision marquant le retour officiel de la pratique religieuse au Tibet.
En occident, les persécutions du communiste chinois subies par les tibétains sont très exagérées. Actuellement dans la région autonome du Tibet, le chef et plus de 70% des membres du gouvernement sont les Tibétains même. La pratique religieuse est respectée.
Le Dalaï Lama actuel est le symbole de cette aristocratie.  De septembre 1987 à mars 1989 se sont produits à Lhassa de nombreux troubles que les hommes du Dalaï Lama ont provoqués en incitant à la rébellion, troubles qui ont causé de lourdes pertes en vies humaines. Député du Tibet, il a participé à la première assemblée populaire de chine en 1954 et a été choisi comme chef de la région autonome du Tibet. Dès 1957, il a comploté avec l'aristocratie pour organiser des rébellions. Exilé en 1959, le dalaï lama s'est appuyé sur les forces anti-chinoises étrangères pour communiquer avec ses compatriotes. Partant de leurs propres besoins spirituels, les Occidentaux l'ont qualifié de "messager de la paix" et de "défenseur des droits de l'homme".

En mars 2008, la tension a commencé à monter au Tibet avec l’approche du départ de la flamme olympique. De nouvelles manifestations ont éclaté dans la province du Gansu, dans le nord-ouest de la Chine, notamment au monastère de Labrang. Quel que soit le bilan définitif, il s'agit des manifestations les plus sanglantes au Tibet depuis celles de 1989, qui s'étaient soldées par des dizaines de morts. De nombreuses boutiques (tenues par des Chinois et non des tibétains) avaient brûlé vendredi dans le cœur historique de la capitale du Tibet pendant des manifestations organisées par des moines bouddhistes, célébrant depuis le début de la semaine le 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil du dalaï-lama. Les victimes sont toutes des civils innocents et elles sont mortes carbonisées, a déclaré un responsable du gouvernement régional du Tibet. La télévision nationale a diffusé samedi des images des émeutes. On peut y voir une foule de manifestants, parmi lesquels des moines, s'en prendre à des commerces, les saccager ou y mettre le feu. Un commerçant chinois de Lhassa, joint samedi par téléphone par l'AFP, a affirmé que des moines avaient agressé des Chinois avec des couteaux. "Des policiers ont été blessés, mais les moines ont également attaqué des gens de la rue", a-t-il déclaré.

Frédéric GUYONNET

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Xavier 24/04/2008 14:36

Que le Tibet soit Chinois ou non ne justifie pas les agissements Chinois dans cette région.

Je crois que vous extrapolez et que vous vous éloignez du vrai problème.

Par ailleurs, Merci Mr Myard pour votre intéressante contribution.

Jacques Myard 23/04/2008 08:01

La défense des droits de l’homme est un objectif légitime et louable qui doit rester l’un des principes majeurs de notre action. Néanmoins on est en droit de s’interroger si elle doit devenir un motif de « guerre ».

La dégradation des relations franco chinoises nous incite effectivement à nous poser cette question, tant il apparaît que les remontrances de certains milieux français risquent d’aboutir non seulement à des représailles commerciales à l’égard de la France, mais surtout à une radicalisation de l’attitude de la Chine sur le plan intérieur.

En se mettant à la pointe du combat, et en étant puissamment relayés par les médias, les tonitruants thuriféraires français des droits de l’homme ont provoqué un affrontement idéologique qui conduit à l’impasse, et qui contrairement à leurs prétentions n’améliore en rien la situation des Tibétains, bien au contraire.

La Chine évolue lentement vers plus de démocratie. La tenue à Pékin des Jeux Olympiques sera de nature à concourir à cette ouverture de l’Empire du Milieu sur le monde. Mais on ne réforme pas une société plurimillénaire pétrie d’une forte identité nationale, dirigée de surcroît par une dictature marxiste peu ouverte à des compromis, par des pressions extérieures.

Seul un dialogue permanent sans rien lâcher sur nos principes sera de nature à faire évoluer la Chine de l’intérieur. Ce dialogue sera un encouragement pour les Chinois qui souhaitent que leur pays évolue.

Quant aux hommistes militants et autres salonards de l’Hôtel de Ville, ils se donnent bonne conscience à peu de frais sur le dos des Tibétains.

La France doit participer impérativement à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques ; toute autre attitude serait une faute stratégique.

Guyonnet F. 18/04/2008 14:48

d'accord avec toi JDD

Delaire Jacques-Daniel 16/04/2008 09:24

Devions ne pas intervenir pour l'autonomie du Tibet ou pour la démocratie en Chine, alors que parfois on s'enflamme pour pas grand chose en France comme " la laïcité est elle en réel danger ?" !
Je suis un citoyen libre, et quand je trouve une cause qui me parait soutenable, je la défend ! Par exemple, bien que de droite (mais gaullo-souverainiste) je n'ai pas hésité à faire campagne pour le NON à la Constitution Européenne !
Me taper des bières en toute bonne conscience, devant la télé, le cul dans mon fauteuil, en regardant les J O dans quelques semaines, m'était insupportable ! Chacun sa tasse de thé !

GG 15/04/2008 21:53

Et bien avant de s'occuper des communistes chinois, balayons devant notre porte ! Explication : il y a des coco à la Mairie de Toulouse et çà c'est la honte et c'est dangereux. Car il n'existe pas plusieurs formes de communisme il n'en existe qu'une et elle est dangereuse. Un seul coco c'est trop c'est comme une cellule cancéreuse s'il n'en reste qu'une elle en produit d'autre. Et n'oublions pas que les coco sont des felons qui ont soutenu l'Allemagne nazi jusqu'en 1941 pour qu'Hitler n'attaque pas l'URSS. Il ne sont pas les grands resistants qu'ils disent être. C'est un régime politique à assimiler au nazisme. Souvenez vous des camps de soldats français prisonniers du viet minh ===> plus fort que les ss en torture

La où il y a 1 communiste la Liberté est bafoué !