Budget 2008 : transformer l'essai

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

le 17 octobre 2007

Le budget 2008 comporte un certain nombre de dispositions qui, associées à la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (TEPA), auront certainement un effet positif sur la croissance de notre économie; citons plus particulièrement l'allègement de la fiscalité sur les brevets, la réforme du crédit d'impôt recherche et la création des jeunes entreprises universitaires.

Pour autant, ce budget n'apparaît pas susceptible de placer l'économie française sur le sentier de croissance de 3% par an voulu par le président de la République et le gouvernement. Il faudrait pour cela que ce budget marque deux ruptures dans la conduite de notre politique économique. La première concerne l'offre, la seconde concerne la demande.

La stimulation de l'offre consiste essentiellement à favoriser les innovations des entreprises, leur dynamisme et les conditions financières de l'exercice de leur activité. Sur le plan de la politique budgétaire, cette stimulation doit se traduire par un « paquet » fiscal qui soit entièrement consacré aux entreprises. Il s'agit aujourd'hui de rompre avec la politique suivie au cours des dernières années qui s'est traduite par une augmentation de la pression fiscale sur les entreprises: la part des impôts sur le revenu et sur la production est ainsi passée de 7,6% de la valeur ajoutée des sociétés non fiancières en 2003 à 10,3% en 2006. Ce qui est en partie la cause de la baisse de leur taux de marge, de celle de leur taux d'autofinancement et de l'atonie de l'investissement. La stimulation de l'investissement nécessite donc une réduction de la pression fiscale pesant sur les entreprises.

Quel peut être le montant de cetet réduction?

En tablant sur une croissance potentielle du PIB de 2,25% par an, ce qui est conforme aux hypothèses faites habituellement, la croissance nous fournirait sur la durée d'un quuinquennat des marges budgétaires qui se monteraient à un peu plus de 35 milliards d'euros, en admettant que nous nous fixions pour but de maintenir constante la dette de l'Etat par rapport au PIB. Le problème est de savoir comment ces 35 milliards doivent être utilisés. Faut-il, comme le soutient la Commission de Bruxelles, qu'ils soient utilisés à ramener le taux d'endettement public à 60% du PIB pour respecter le traité de Maastricht et le pacte de stabilité ou faut-il, au contraire, les affecter à une relance de l'investissement et ainsi de l'offre? Sans aucun doute, il est préférable de privilégier la croissance qui permettra de réduire le taux d'endettement public plutôt que de commencer par essayer de réduire le taux d'endettement, ce qui empêchera la croissance de se développer.

Ainsi, sur les 35 milliards disponibles, 20 pourraient être consacrés à la réduction de la pression fiscale sur les entreprises. Ces 20 milliards doivent être plus particulièrement centrés sur le développement de nouvelles entreprises innovantes et plus généralement sur l'augmentation de la taille des pme en raison de leur rôle essentiel en matière d'emplois et d'exportations. C'est la raison pour laquelle ces 20 milliards pourraient se répartir en 4 milliards consacrés à la suppression de l'ISF, qui a la vertu de faire fuir les entrepreneurs innovants – la manière lamentable dont la France vient de perdre Business Objects est exemplaire à cet égard - et 16 milliards à la baisse des impôts sur la production et sur les bénéfices en procédant à une baisse différenciée qui privilégie les tpe et les pme.

Toutes ces mesures seraient néanmoins inutiles, et l'Etat gaspillerait ses moyens, si elles ne s'accompagnaient pas d'une relance de la demande. Pourquoi les entreprises investiraient-elles si elles ne rencontraient pas une demande croissante en face de leur offre croissante?

Il faut donc que l'Etat complète la politique budgétaire précédemment esquissée par une relance de la demande.
D'abord de la demande interne, par l'accélération de la construction de logements. Ensuite de la demande externe, c'est-à-dire des exportations. On doit distinguer dans nos exportations celles qui sont dirigées vers la zone euro et celles qui sont dirigées vers l'extérieur de la zone euro. Dans les deux cas, le taux de change de l'euro est une variable stratégique.

Pour les exportations dirigées vers les pays extérieurs à la zone euro, c'est évident. Mais même pour nos exportations en direction des pays de la zone euro, le taux de change de l'euro est capital. Il est clair, en effet, que le maintien d'un taux de change de l'euro surévalué d'environ 20% , comme il l'est aujourd'hui, pénalise les exportations de nos partenaires de la zone euro vers les pays hors zone euro. De ce fait, ce taux de change surévalué pénalise l'activité de nos partenaires, donc leur demande, et par conséquent nos exportations vers eux.

Jean-Pierre Vesperini
professeur des Universités
membre du Conseil d'Analyse Economique

Jacques Myard
Député de la Nation
Président du Cercle Nation et République

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