EUREURO/DOLLAR : LA PHASE DE HAUSSE N’EST PAS TERMINEE

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

Après avoir connu une phase de forte hausse face au dollar entre la mi-2001 et la fin 2004 (de 0,84 dollar à 1,36 dollar), puis une phase de correction tout au long de l’année 2005 (jusqu’à 1,17), l’euro a repris le chemin de la hausse face à la devise américaine. Cette tendance s’est même renforcée sur la dernière période puisqu’en à peine un mois, l’EUR/USD a pris près de 8 centimes pour atteindre 1,42, un sommet depuis la mise en place de la monnaie unique au 1er janvier 1999. Si on regarde l’historique des cours de change entre les anciennes monnaies européennes et le dollar, il faut même remonter à septembre 1992 pour trouver une devise américaine aussi faible (l’équivalent de 1,53 EUR/USD en septembre 1992).

Même si les facteurs structurels (les profonds déséquilibres extérieurs de l’économie américaine) renforcent cette tendance, ce sont pourtant bien les facteurs conjoncturels qui expliquent ce qu’on analyse plus comme une faiblesse du dollar qu’une force de l’euro. En effet, la crise immobilière illustrée par le recul de près de 40 % des mises en chantier depuis début 2006, la baisse de près de 16 % sur un an de l’investissement logement et le repli des prix immobiliers (- 3,9 % sur un an au sens de l’indice S&P Case Shiller) a pénalisé directement et indirectement (via la baisse des effets richesse qui dopaient jusque là la consommation des ménages) la croissance américaine. Cette dernière est ainsi repassée assez nettement sous les 2 % en début d’année, confirmant notre scénario d’un ralentissement durable et marqué de l’activité aux Etats-Unis. Cette faiblesse économique pénalise bien entendu le dollar et ce, malgré le fait que l’économie européenne est, elle aussi, inscrite sur une tendance au ralentissement. Mais, pour le moment, le marché ne perçoit pas les signaux envoyés depuis le Vieux Continent (les enquêtes de confiance reculent fortement, la consommation des ménages allemands faiblit de nouveau, l’immobilier ralentit nettement...). En conséquence, l’euro poursuit son envolée...

Cette tendance a peu de chance de s’inverser nettement à l’horizon d’un an, sachant que l’écart de taux d’intérêt devrait se réduire entre les Etats-Unis et la zone euro. En effet, même si nos prévisions de politique monétaire sont bien entendu soumises à l’évolution de la crise de liquidité, tout donne à penser que la Réserve fédérale américaine va continuer sa politique de baisse de taux alors qu’à l’inverse, la BCE ne devrait pas baisser ses taux avant au moins le milieu de l’année prochaine. D’une part, la poursuite de la crise financière aux Etats-Unis, ainsi que le net ralentissement de la croissance américaine (environ 2 % tant en 2007 qu’en 2008, contre une croissance potentielle d’environ 3 %) le tout, dans un contexte de meilleure maîtrise de l’inflation (le
core PCE deflator, référence de la Fed, s’élève en septembre à 1,8 %, un plus bas depuis plus de trois ans), poussent la Réserve fédérale à poursuivre le mouvement entamé le 18 septembre dernier (- 50 pb, à 4,75 %). Le taux des Fed funds devrait ainsi être ramené à 4 % d’ici le début de l’année prochaine. D’autre part, la BCE a tellement préannoncé la poursuite du durcissement de sa politique monétaire qu’à moins d’une nouvelle dégradation de la liquidité sur le marché (illustré par un écartement du spread Euribor 3 mois / taux refi), il semble peu probable qu’elle baisse ses taux avant l’été prochain. En conséquence, l’écart de rémunération entre les deux devises va se réduire en faveur de l’euro, prolongeant ainsi, via des opérations de carry trades, la phase de hausse de la monnaie européenne. Cette dernière pourrait ainsi se rapprocher progressivement des 1,45 dollar à l’horizon d’un an.

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