Pouvoir d'achat par Jean-Louis CACCOMO

Publié le par A.P.ré. (Frédéric Guyonnet)

Pouvoir d'achat (1)


Les hommes et les femmes politiques ainsi que les partenaires sociaux ont la faculté de m’inspirer, notamment lorsqu’ils font mine de se préoccuper de la défense du pouvoir d’achat des français. Car il y a une machiavélique indécence à voir les responsables politiques ou syndicaux vouloir défendre le pouvoir d’achat, menacé nous dit-on par la mondialisation, alors que les mêmes s’échinent à cautionner un système qui se traduit précisément par le rétrécissement inéluctable du revenu disponible. Par ailleurs, dans ce jeu de dupes, les français sont hypocrites ou de mauvaise foi ; et les responsables politiques déshonorent leur fonction en flattant leurs revendications.

On attend d’une droite décomplexée et d’une gauche modernisée qu’elles disent aux français la vérité, non qu’elles maintiennent le peuple dans des enfantillages d’une adolescence éternellement en crise.

Je m’explique. On nous répète qu’il y a un problème de pouvoir d’achat. En fait, il n’y a pas de problème de pouvoir d’achat dans la mesure où, avec les (lourds) impôts que les ménages français acquittent, ils ont acheté collectivement une quantité inestimable de biens et services publics (unique au monde). Il n’y a que les français qui ne voyagent pas pour ne pas se rendre compte de ce que l’on possède collectivement en France.

Bien entendu, comme il faut bien prélever sur les ménages (car seuls les ménages paient des impôts) le financement du secteur public, cela ponctionne en effet le revenu disponible pour acheter des biens et services privés. De ce point de vue, le pouvoir d’achat de biens et services privés subit en effet un rétrécissement dans la mesure où les français sont demandeurs de toujours plus d’Etat. Mais le pouvoir d’achat global n’est pas nécessairement affecté ; c’est la répartition entre biens et services publics d’une part, et biens et services privés d’autre part, qui est en jeu. Certes ce partage n’est pas sans conséquence sur la dynamique globale de l’économie. C'est une autre histoire que nous développerons plus tard.

Mais imaginons que l’on distribue 100 % de son revenu aux ménages, il lui revient la responsabilité de décider l’usage de ce revenu sachant qu’il n’existe aucuns biens et services publics, puisque les recettes fiscales sont nulles. Le pouvoir d’achat est à la mesure de ce revenu disponible, étant plus élevé dans le sens où le revenu total ne subit aucun prélèvement. Mais le ménage doit payer directement à l’usage toute une série de biens et services (d’éducation, de santé…) que l’Etat n’est plus en mesure de lui fournir.
Imaginons l’autre extrême, l’Etat prélevant 100 % de son revenu au ménage. Le pouvoir d’achat du ménage est nul ; mais le ménage n’a plus besoin d’acheter quoi que ce soit, l’Etat ayant la charge de fournir les biens et services utiles aux ménages.

Comme souvent, la réalité se situe entre ces deux situations extrêmes.

Mais les français doivent être honnêtes et les responsables politiques ne doivent pas leur mentir. D’un côté, il est indéniable que le revenu disponible des ménages est de plus en plus entamé ; mais c’est aussi parce que les français se tournent sans cesse vers l’Etat, prétextant du fait que tel ou tel bien, tel ou tel service (santé, culture, éducation, solidarité, recherche) n’est pas une marchandise comme les autres.
Alors la sphère du secteur public s’élargit dans des proportions telles qui impliquent un accroissement correspondant de toutes sortes de prélèvements (impôts, taxes, charges). Autrement dit, plus la sphère de la gratuité s'agrandit, et plus le pouvoir d'acheter des biens et services privés diminuera.

D’un autre côté, les français ont la chance de bénéficier d’un environnement en termes d’infrastructures collectives unique au monde. Si un étudiant (ou ses parents) devait financer l’intégralité du coût de ses études (à 90 % supporté aujourd’hui par la collectivité), peut-être viendrait-il plus souvent en cours, peut-être cesserait-il de s’inscrire indéfiniment dans des diplômes variés sans réfléchir à son orientation ? Sans doute serait-il forcé d’être plus rationnel. Et il y aurait moins de casse à la sortie…[1]
Les français voudraient conserver leur pouvoir d’acheter des biens et services privés, tout en ayant le pouvoir de disposer des meilleurs services publics du monde. Il faut savoir ce que l’on veut. Là est la caractéristique des adultes : ils savent qu’il faut faire des choix tandis que les enfants et les adolescents croient toujours que l’on peut tout avoir, sans contrainte, c’est-à-dire sans choisir (sans avoir à sacrifier quelque chose).
Mais à force de ne pas choisir, on prend le risque de tout perdre.
 
[1] J'ai connu un chômeur qui se vantait d'aller 50 fois par an au cinéma. N'est-ce pas là un pouvoir d'achat exceptionnel dans la mesure où la personne en question n'avait pas officiellement de revenu du travail.

jean-louis Caccomo
http://caccomo.blogspot.com/

Commenter cet article