
Alors que les cours du pétrole viennent de dépasser les 135 $, on est en droit de se poser la question :
Pourquoi le pétrole augmentent il chaque jour de plus en plus ?
En 1974, au lendemain du premier choc pétrolier, les experts les moins pessimistes tablaient sur l'extinction des réserves avant l'an 2000. Pourtant, il y a toujours du pétrole. La flambée des
cours a même rendu rentable des champs pétroliers autrefois trop couteux à exploiter. Aujourd'hui, le sable asphaltique du Canada, le pétrole très lourd du Venezuela, le schiste bitumeux
d'Australie et les gisements en eau très profonde deviennent rentables. Au total, les réserves d'or noir atteindraient 1.580 milliards de barils, soit environ un demi-siècle de production au rythme
actuel.
L'écheance à la pénurie semble s'éloigner de plus en plus, d'autant qu'aujourd'hui on peut extraire 35 % du pétrole contenu dans un puits contre 20 % il y a 30 ans. Nous devrions atteindre 50 %
dans le futur voir plus. Tout ceci n'est pas pris en compte dans l'échéance finale...
Alors si le pétrole n'est pas encore prêt à disparaitre pourquoi les prix flambent ils ?
Le socle de cette hausse, ce sont les fortes inquiétudes quant à l'équilibre entre l'offre et la demande, à court et moyen terme. pourtant là aussi, l'inquiétude est à relativiser.
Coté demande il n'y a aucun signe de ralentissement (malgré la récession américaine). Tirée par la Chine et l'Inde la demande devrait progresser de 1,8 million de barils par jour.
Coté offre, les trois gros : Venezuela, Irak, et Nigeria produisent bien en dessous de leur potentiel.
(c'est donc ici un début de réflexion).
L'Arabie Saoudite, qui a la capacité de production supplémentaire immédiatement disponible atteindrait 1,5 million de barils par jour (un niveau historiquement bas).
Pourquoi ces pays ne répondent pas à la demande plus rapidement, ce qui ferait baisser les prix ?
Pour répondre à la hausse de la demande, 5.000 milliards de dollars d'investissement sont nécessaire. Cela permettrait de passer de 87 millions de barils jour à 120 millions.
Le monde paye très cher ce sous investissement qui date des années 1990. En 1998, pour faire face à la crise, l'OPEP commet une lourde erreur. Par crainte d'une récession mondiale, le cartel ouvre
largement les vannes. En décembre 1998, le cours du baril de Brent chute à 9,80 $ (oui vous lisez bien 9,80 $).
La conséquence de ce prix bas. En Russie en 8 ans, le nombre de forages passent de 500 à 30. Les compagnies arrêtent de forer et d'investir. Ce n'est plus rentable.
Aujourd'hui avec un baril à plus de 130 $, presque tous les projets redeviennent rentables. Il faut juste investir pour les sortir de 10 ans de sommeil.
c'est donc parce que le prix du pétrole a été trop bas qu'aujourd'hui il atteint des record à la hausse ?
Effectivement l'abandon de certains puits a permis à des pays de reprendre la main. Les pays producteurs ne veulent plus brader leur or noir aux majors. Ces pays devenus géants sont inquiets des
conséquences de la lutte contre le changement climatique. Ils préfèrent alors temporiser avant d'investir dans des projets pharaoniques. Au prix auquel s'échange le baril de pétrole, ils ont peu
d'intérêt à pomper plus dans leur réserve. Depuis 2003, ceux qui n'ont pas investi ont vu leur recette multiplié par 3.
Pourquoi les majors privées pressées par les actionnaires ne jouent elles pas la concurrence pour faire baisser les cours ?
Les majors privées relancent leur investissement pourtant d'autres problématiques entrent en jeu. Les 5 plus grosses majors mondiale représentent à elles 5 , 23 % des investissements.
Les réserves les plus faciles d'accès sont aux mains des compagnies nationales.
Pour 2008, Total a annoncé une dépense de 19 milliards de dollars pour le secteur exploration et production.
Cet investissement va t'il accélérer l'offre ?
Pas si sur. Même si la somme est importante, seulement 20 % de cette somme ira vraisemblablement à un investissement pur permettant d'accroitre la production.
Alors à quoi va servir les 80 % restant ?
Tout simplement à couvrir les couts. En effet, entre la flambée des matières premières et l'explosion des tarifs des équipement pétroliers et des sous traitant, ils se sont envolés.
Le prix de location à la journée d'un bateau sismique permettant d'explorer les fonds marins a été multiplié par 3 en 4 ans.
une barge de forage offshore qui coutait 200.000 $ en 2004 se loue désormais 500.000 $.
La plate-forme d'un puits au larde de l'Angola a couté 70 % de plus qu'une identique 4 ans plus tôt.
Il n'y a pas que les équipements qui sont difficiles à trouver. Les hommes manquent à l'appel. Dans les années 90, en Amérique du Nord, 1 million d'ingénieurs et ouvriers spécialisés du secteur ont
été remercié. A l'époque seuls ceux qui avaient de l'expérience ont été gardé. Aujourd'hui, la moitié des ingénieurs partira à la retraite d'ici à 2015.
dans un secteur à fort savoir faire et où l'expérience est essentiel, les grosses compagnies se battent pour recruter. Les rémunérations flambent. Les salaires doublent et le turn-over entre
compagnies s'intensifie. Il faut augmenter les effectifs de 10 % pour répondre à la hausse de production.
Autre problème, pour construire des plates formes, les compagnies ont besoin d'ingénieurs en génie civil. Or les meilleurs sont tous à Dubaï ou en Asie occupés à construire des tours. Du coup, un
projet pétrolier peut prendre facilement 2 ans de retard sur 5 à 7 ans.
Le nationalisme énergétique, la sous-production, la demande qui s'amplifie, les investissements qui ne se font pas, les couts d'exploitation qui augmentent, les
charges salariales multipliées, et les retard sur les livraisons de nouveaux forages sont elles les seules causes de l'augmentation ?
Non, l'angoisse d'une insuffisance de l'offre alimente les anticipations de hausses des prix de l'or noir. C'est là que les investisseurs financiers entrent en jeu. A la recherche de
rendements, les fonds de pension, les banques d'affaires, les fonds d'investissement et les fonds spéculatifs ont débarqués en force sur le marché pétrolier. Le nombre de fonds spéculatifs sur ce
marché a été multiplié par 5 en cinq ans. 200 milliards de dollars sont investis sur des indices de matières premières tirant les prix vers le haut. 80 % de ces encours viennent des fonds de
pensions. La crise des crédits américains a refroidi les investisseurs qui dans le pétrole ont trouvé une valeur refuge. Valeur refuge contre la baisse du dollar et contre surtout l'inflation. Sur
un prix de 110 $ le baril, 25 $ viendrait de la spéculation.
Les cours vont s'en doute continuer à augmenter. Nous ne voyons pas pourquoi le système s'inverserait. C'est une aubaine pour les majors, les pays producteurs, les sous-traitants, les actionnaires,
les employés du secteur, les spéculateurs et les retraités américains... pas pour les consommateurs, même les retraités de chez nous n'en profiteront pas... (vive la retraite par répartition
!!!)
Frédéric Guyonnet
source d'inspiration : L'expansion Mai 2008 N°730